Il est titulaire d’une Maîtrise en Géographie et Aménagement du Territoire à l’Université d’Abomey-Calavi (UAC), Joannes Doglo a dirigé, lors de la mandature 2014-2015, l’Ensemble Artistique et Culturel des Etudiants (EACE), un club Unesco de l’Université d’Abomey-Calavi. Passionné du graphisme et surtout de la photographie de recherche, il décide d’œuvrer pour la sauvegarde et l’entretien des œuvres endogènes. Dans cet article , Bénincréa va à la rencontre de Joannes Mahuna Doglo, Photographe et Graphiste béninois dont le travail entre en ligne de compte pour la conservation du patrimoine culturel béninois.

Bonjour Monsieur Joannes Doglo. Merci d’avoir accepté nous accorder cette interview. Que peut-on savoir d’autre vous concernant ?

Joannes Doglo à l’état civil, je suis actuellement le Secrétaire à la Communication et à l’Information du Festival Scientifique et Culturel des Clubs Unesco Universitaire d’Afrique de l’Ouest FESCUAO. Joannes Mawuna est mon nom d’artiste, « Mawuna », un prénom que m’a donné ma grand-mère paternelle, que j’aime bien et qui résume mes aptitudes. Je suis photographe, de recherche et également graphiste.

Comment avez-vous débuté avec la photographie ?

« Il vous met en lumière et il passe inaperçu »

Depuis le bas-âge, j’étais fasciné par la photographie. Etant enfant, j’avais déjà commencé, à partir des cartons de sucre St Louis et boîtes de sédaspire, par représenter de façon ludique les appareils utilisés dans la photographie : le flash, l’appareil photographique et aussi la caméra vidéo. Je m’amusais avec les amis à —simple simulation comme on peut l’imaginer —filmer. C’est certainement de là qu’est venu le déclic. Par la suite, entré aux cours primaires, j’ai commencé à faire du dessin. À chaque fois que je rentrais à la maison avec le livre ‘’Finagnon’’, j’essayais de dessiner les personnages au tableau et tous les soirs, à la sortie de l’école, les camarades passaient devant mon portail pour voir ce que j’ai dessiné dans la journée. Un jour, de retour de son voyage sur Toulouse, l’un de mes oncles qui était prêtre, est venu dans notre maison ; il m’a donné 10 000f. J’étais déjà aux cours secondaire et comme j’allais en vacance au Togo, j’ai confié la somme d’argent à ma mère en lui disant que je voudrais un appareil photo. Elle a transmis l’argent à un autre de mes oncles qui était photographe. À mon retour, il y avait déjà l’appareil photo Compact Palace supa, avec une pellicule et des piles. Donc c’est à ce moment-là que j’ai réellement commencé à m’essayer à la photographie. Je m’occupais à prendre en photo des hommes ; revoir le cadrage parce qu’avec ces compacts d’entre temps, vous pouvez voir dans le viseur le sujet positionné normalement, mais après la prise de vue, quand vous passez au lavage, vous voyez sur le négatif que soit, vous avez coupé la tête du sujet, soit vous lui avez coupé les pieds, soit il est d’un côté… Donc les premiers exercices m’ont permis de savoir comment positionner les sujets par rapport à cet appareil photo là. A partir de là, j’ai démarré la photographie commerciale et beaucoup ont commencé par aimer.

Aujourd’hui sans risquer d’être prétentieux — nous savons que vous êtes quelqu’un de modeste — nous pouvons parler d’un parcours professionnel. Partagez avec nous comment vous êtes arrivé au stade actuel.?

Création graphique - Joannes Mawuna Doglo - 2011

Création graphique – Joannes Mawuna Doglo – 2011

Quand je suis venu à l’université, j’ai voulu intégrer l’EACE, Ensemble Artistique et Culturel des Etudiants mais j’y suis allé en retard. Un de mes amis m’avait dit que c’était déjà tard, de patienter l’année suivante. L’année suivante donc j’ai formalisé mon inscription et, j’ai commencé à suivre les formations dans l’une des sections, « la section CPU », Ciné-Photo-Unesco. J’avais le statut « d’artiste provisoire ». Un an de formation et j’ai eu le titre d’artiste définitif. Petit à petit, j’ai évolué et je me suis acheté mon premier appareil photo numérique, un Fuji A900. Puis, après ça j’ai commencé à m’intéresser aussi au graphisme parce que lors des événements à l’EACE, on a toujours besoin de visuels (affiches, flyers etc…) pour communiquer. Le graphisme, c’est beaucoup plus à la maison que je l’ai appris. J’avais un ami qui disposait alors d’un logiciel de graphisme que moi je ne connaissais pas : Photoshop. Il avait un ordinateur, moi je n’en avais pas. Nous habitions la même maison et je le voyais s’amuser à faire de petits montages. Un jour alors qu’il partait en voyage sur Porto-novo pour une semaine et il m’a laissé sa chambre avec son ordinateur et tout. En une semaine je suis arrivé à faire plein de choses qui lui échappaient à savoir : mettre les sujets en noir-blanc changer l’arrière-plan ou le fond, recadrer les sujets et d’autres astuces encore. A son retour, il n’en revenait pas. Nous avons ainsi commencé — lui et moi— à travailler ensemble, et moi j’apprenais de nouvelles choses au jour le jour. C’est comme ça que mon intérêt s’est accru pour le graphisme. Mon passage à l’EACE a été un véritable tremplin. Je me suis longtemps amusé à concevoir des affiches pour les événements, et à réaliser des cartes de vœux lors de la St Valentin et les 11 mai…

Et pendant ce temps, avez vous eu des difficultés particulières dans votre recherche?

Des difficultés ? Inévitablement. Ce sont les difficultés qui m’ont construit. A coup d’essais, d’échecs et d’entêtement mon niveau s’est amélioré. Je n’avais pas en ce moment un ordinateur. J’allais passer les nuits à travailler avec l’ordinateur d’un de mes cousins à Tokan, histoire de connaître beaucoup plus le logiciel Photoshop et de me perfectionner. A chaque fois que je venais à Cotonou ou que je venais à l’université, je passais du temps à observer les affiches des réseaux de téléphonie mobile ; j’essayais de voir comment ces affiches sont réalisées et comme je connaissais un peu les outils Photoshop, j’essayais de deviner avec avec quels outils telle ou telle chose était réalisée. J’arrivais déjà dans ma tête à analyser et à réaliser les affiches. Ça m’a beaucoup aidé à perfectionner dans la conception virtuelle. Puis après j’ai eu la chance d’aller au Canada par le biais d’un projet sur l’environnement et le Développement Communautaire. J’en suis revenu avec un appareil photo et un ordinateur. Ça m’a permis de me mettre réellement à l’œuvre pour connaître un peu plus les rouages de la photographie et du graphisme.

Quelles sont vos ambitions dans le domaine ?

C’est la photographie de recherche qui m’intéresse beaucoup plus actuellement parce que nous avons assez de réalités endogènes chez nous qui méritent d’être questionnées et révélées. Je suis attiré par les travaux manuels ou les activités que nos parents mènent ou que des gens ont menées et qui sont aujourd’hui en phase de   disparaitre. Par exemple la forge traditionnelle qui disparait ; la fabrication de natte en raphia tissé, et la fabrication du Sodabi également. Nous achetons tous ces biens pour nos besoins mais nous ne savons pas comment ils sont fabriqués. Quelle est l’ingénierie qui se développe derrière chacun de ses produits ? Quelles sont les difficultés que fabricants rencontrent. Je vais beaucoup plus dans ces réalités là pour sauvegarder la mémoire de ces pratiques qui est en train de s’effacer. J’ai déjà à mon actif deux expositions – photos : une sur les représentations de jumeaux, exposée au Centre Art et Culture LE CENTRE et une autre sur les symboles et créations en milieu vodou. La réalité, c’est qu’il y a des artistes qui ont fait des œuvres et qui ne sont aujourd’hui plus de ce monde. Il faut que ces œuvres soient sauvegardées. J’ai choisi alors de parler des symboles vodoun que nous retrouvons le long de la route des esclaves, qui sont délaissés. Il y a là des statuts qui —ont perdu la tête — (rire) n’ont plus de tête ou de bras ; d’autres qui sont complètement détruites alors que nous nous réclamons, pays de culture, pays de vodoun. Nous n’arrivons pas à entretenir correctement ce que nous rêvons de vendre au monde. Je me suis me suis posé assez de questions sur cette problématique et je me suis engagé sur des travaux précis de recherche pour participer à la sauvegarde du patrimoine tant matériel qu’immatériel.

Pour vous, la photographie est-elle juste une passion ou un moteur d’auto emploi ?

La photographie pour moi, c’est beaucoup plus une passion mais quand on est suffisamment passionné et qu’on en fait un métier, ça devient une source d’auto emploi, donc une entreprise. J’ai été suffisamment passionné et après c’est devenu mon métier. C’est vrai qu’après la maîtrise, je n’ai pas continué pour le moment parce que je me disais qu’il faut aller à l’université pour avoir le diplôme. Mais j’ai fini par comprendre que ce que l’on a dans la tête est beaucoup plus fort que ce que l’on a en main comme diplôme. Jusque-là, je n’ai pas encore utilisé ma Maîtrise pour quoi que ce soit. Ceux sont les diplômes et attestations obtenus dans la photographie qui me servent actuellement. Aujourd’hui, je m’investis beaucoup plus dans le documentaire et le regard scientifique que je porterai à mes travaux ne serait pas le même regard que si je n’avais pas fait la Géographie. C’est surtout grâce à mes recherches personnelles que j’arrive à découvrir et à acquérir de nouvelles connaissances pour améliorer mes compétences : c’est l’autoformation. Le diplôme obtenu en Géographie ne me sert pas encore pour le moment, ça peut toujours servir mais actuellement, je vis de la photographie, je vis du graphisme.

Quelles sont vos stratégies que vous déployez pour faire connaître vos œuvres ?

Actuellement j’ai une page Facebook où je publie mes œuvres ; j’ai aussi un compte Instagram et dans de brefs délais, il y aura un site web disponible qui présentera mes travaux. Pour le moment, je ne mets pas encore mes travaux de recherches sur ma page Facebook. Ce sont quelques séances photos, quelques reportages que je publie. Il y a quelques temps, j’ai pris des photos sur des événement culturels — Miss tourisme—, les gens ont beaucoup aimé. Ça m’a permis d’avoir d’autres partenaires avec lesquels je vais travailler. Mais je pense m’investir beaucoup plus dans le documentaire et les photographies de recherche et si tout va bien, les photographies artistiques aussi. Mon ambition c’est de pouvoir réaliser de bonnes œuvres, décrocher de gros contrats, signer bon nombre de contrats, vendre beaucoup plus mes photographies et me faire connaître un peu partout dans le monde en tant que photographe béninois.

Un conseil à l’endroit des jeunes.

A l’endroit des jeunes, je voudrais dire que chaque être humain, à une compétence, un don, un talent. Je pourrais mettre tout ça au pluriel, mais je veux surtout parler du talent des talents, de la  compétence la plus avérée, du don le plus révélateur.  Justement, il faudra le détecter et travailler à l’améliorer, à le peaufiner. On en jouit toujours. On se dit aujourd’hui qu’il n’y a pas d’emploi dans le pays et on résume tout aux amphis de l’université croyant qu’à la sortie, il y aura un emploi garanti. Moi je leur conseille vivement de sacrifier un peu de leur temps dans les associations de formation que ce soit artistique, culturelle ou entrepreneurial. C’est toujours important de recevoir ces genres de formation. Ça nous permet à la sortie de l’université, de pouvoir travailler avec ce qu’on aura reçu dans les institutions comme l’EACE, l’UCAE, la presse estudiantine et autres, de les monnayer. Il faut qu’il aillent aussi vers des formations courtes et exploitables.

Retrouvez quelques oeuvres de johannes Mawuna ici

Propos recueillis le 8 mai 2017. Interview réalisée par : Jacques AGBOTON PADONOU 

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