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Très présente dans le milieu artistique béninois, Carole LOKOSSOU s’est beaucoup fait remarquer dans différents domaines artistiques grâce à quelques cordes accrochées à son arc. Pour elle, le comédien ou l’acteur doit se faire former dans plusieurs domaines afin d’être complet avant de penser à en choisir un. A travers cette interview, BENINCRÉA va à la rencontre de Carole LOKOSSOU, une femme dont le travail entre en ligne de compte pour la valorisation de l’art béninois.

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Vous êtes comédienne et directrice d’acteur béninoise ; la quarantaine dans quelques mois, vous avez réussi à vous faire remarquer non seulement au Théâtre mais également au Cinéma, au Chant et à la Danse. Que peut-on savoir d’autres vous concernant ?

La nouvelle donne, c’est que depuis une dizaine d’années, je me spécialise dans la direction d’acteur et aujourd’hui je peux dire que c’est ce qui me nourrit le plus en sachant que la danseuse, la chanteuse, la vocaliste et la spécialiste en théâtre organique convergent vers la comédienne – actrice. J’ai ajouté pas mal de cordes à mon arc —rire— comme vous le dites, mais c’est pour en faire beaucoup plus une comédienne et une directrice d’acteur accomplies. Je me penche beaucoup sur le théâtre organique et les méthodes de Stanislavski, Bretch, me questionnent aussi, particulièrement.

 

On part donc directement sur le terrain théâtral. Quel est votre regard sur le théâtre ?

Le théâtre ? C’est vaste. Je voudrais plutôt parler de mon regard sur le théâtre en Afrique. Je trouve que le théâtre originel que nous avons en Afrique demande beaucoup par rapport au gestus. Nous ne sommes pas dans le théâtre psychologique à la base ni dans le théâtre de texte à outrance. Le théâtre africain est d’abord axé sur le corps comme matériau et le « gestus ». Pour aller vers le gestus, il y a fort besoin d’apprendre le corps et qui dit corps, le matériau corps complet et dit l’imagination. Il faut travailler la coordination du corps dans son assemblage, dans sa fragmentation et dans sa défragmentation pour pouvoir construire un personnage. C’est d’ailleurs de là que c’était devenu important pour moi d’aller vers la danse pour comprendre comment penser le geste pour qu’il exprime l’émotion et vers le chant pour aider le corps dans sa partie articulée de la voix. Tout cela permet justement d’approcher plusieurs types de personnage et d’éviter le côté uni profil.

 

 

Partant de là, vous avez eu à confier ceci lors d’une autre interview : « Etant foncièrement convaincue que le comédien ou l’acteur se doit d’être complet, je me bats pour apprendre parallèlement plein de petites choses ». Au nombre de ces choses, il y a principalement le théâtre qui, selon vous, vous a obligé à apprendre la danse, le cinéma, le chant et plein d’autres choses. Quel est ce fait marquant qui vous a décidé à être comédienne ?

Fait marquant ! Au départ, j’ai grandi avec ma maman qui était une femme de culture. Mes premiers jeux ont été dans la salle de lecture de ma mère où il n’y avait que des cantines partout, remplies de livres. J’ai donc « ouvert les yeux » comme on le dit, dans un univers de livres où il y avait pas mal d’œuvres philosophiques. Puisque ma mère était professeur de philosophie, l’univers de l’imaginaire, de l’imagination, très vite, j’y suis rentrée. Etant petite, j’ai commencé à m’imaginer avec de petits personnages que je créais autour de moi. Dès qu’il y avait possibilité d’aller voir un spectacle, maman m’amenait et très tôt, quand j’ai vu des gens de ce côté et moi de l’autre, j’ai dit à ma mère que je vais être de l’autre côté pour qu’on me voit, je préfère être à cette place où on vous voit. Après, il y a eu mon professeur d’Anglais qui m’a aussi amenée à faire du théâtre et j’ai découvert que c’était un univers où je pouvais m’exprimer sans me fâcher, sans être brutale, sans être obligée d’être dans une confrontation avec les autres, ce qui m’a plu.

 

Et que représente le théâtre pour vous ? Est-ce juste une passion ou un moteur d’auto-emploi ?

Les deux. Au début, je n’avais pas fait aucune formation spécifique au théâtre. Je l’ai faite après, et si je devais attendre d’avoir un emploi dans ce que j’ai étudié dans le cursus académique, ce n’était pas sûr que j’en trouve…Même si j’en trouvais, ce n’était pas sûr non plus que je m’y épanouisse suffisamment longtemps pour garder mon job. Alors Oui, c’est un moteur d’auto-emploi pour moi et pour tous ceux qui m’ont suivie, je pense. Il y a plein de jeunes qui ont fini leurs études et qui travaillent au théâtre. Il y a plein de jeunes qui n’avaient pas du tout fait de formation à la base, qui ont été formés au théâtre et qui en vivent que la politique gouvernementale les encourage ou non.

 

‘’Comme chez nous’’ en 2009 et ‘’Pantalon Rouge’’ en 2016 sont entre autres, deux films auxquels vous avez été liée entant qu’actrice. Nous allons y revenir, mais avant, partagez avec nous votre regard sur la vie cumulée de comédienne, actrice de cinéma.

Je n’arrive pas à faire des cloisons, je les fais quelques fois juste quand la technique rentre en jeu. C’est vrai que quand je dois chanter, ce sont d’autres techniques que celles utilisées pour parler. Quand je dois danser, c’en sont d’autres et ainsi de suite ; Ce n’est qu’à ces moments que je fais des différences. Autrement, j’interprète un personnage qu’il soit à la danse, au cinéma, au théâtre. Pour moi, lorsque vous décidez d’interpréter le personnage, vous devenez son avocat, vous vous battez pour qu’à la fin, il gagne. C’est vrai que c’est vous qui tenez les rennes du personnage mais ce n’est pas vous qui êtes devant, c’est le personnage. Donc tout ce que vous faites doit concourir à permettre au personnage d’être crédible, d’être vraisemblable, d’être vivant et de créer des émotions chez les gens. Que les gens aiment le personnage ou pas, l’important c’est qu’ils l’identifient et pourquoi pas, s’identifient à lui. Alors, comment travailler pour qu’il ne soit pas vous et qu’il soit vivant ? Là est toute la problématique et mon objectif. Au cinéma, j’ai bien conscience que c’est la caméra qui vient me chercher, c’est plus intimiste et le travail sur l’émotion est plus fin dans le rendu ; le geste est plus minimaliste et il faudra faire attention par rapport au théâtre où il y a un travail de projection de la voix, dans le corps, un travail d’amplitude du mouvement pour que celui qui est au dernier rang des spectateurs puisse vous suivre.

 

Un détail : qu’en est-il précisément des moments où vous chantez ou dansez ?

Quand je chante sans micro par exemple, je dose en fonction de la technique. Pareil pour la danse. Il n’y a que la technique qui fasse la différence en ces moment-là. Mais intrinsèquement, le principe d’interpréter demeure, quel que soit la forme d’art où j’interviens. Je garde en conscience que j’interprète un personnage dont les caractéristiques sont fondamentales.

 

Je l’ai annoncé, nous sommes intéressés par l’arrière-plan de vos derniers passages au Cinéma avec « Comme chez nous » et Pantalon rouge

Pour le plateau de « Comme chez nous », il y avait un défi assez fort : celui de tourner en langue fon en ayant à la base un scénario écrit en français. Il fallait montrer au public béninois que c’était possible d’avoir un film entièrement en langue et donner aux téléspectateurs locuteurs fon — ce qui a fonctionné — et résultat : l’ambiance était fun, super juste car j’ai eu la chance de me retrouver avec des collègues et élèves à moi. C’était simplement joviale. Nous avons eu une semaine de tournage que je n’ai jamais oubliée. Avec le « Pantalon Rouge », nous les actrices, nous avions évolué. Il y a eu près de 7 ou 8 ans d’écoulés entre les deux tournages, le réalisateur avait entre-temps créé une école de cinéma en bonne et due forme. Cette production était un nouveau challenge pour nous tous. C’est d’ailleurs —permettez-moi ce saut— la carrière de l’artiste toute entière qui est un challenge.

 

Vous êtes encore sur le plateau de cinéma que nous savons très rude au Bénin : rude par imprécision, par déficit de ressources techniques et plein d’autres choses plus ou moins dissuasives pour les acteurs. Quelles leçons à partager de ces expériences au Cinéma ?

Le plus important et je pense que c’est valable pour la plupart des acteurs qui ont envie de continuer dans ce métier, c’est d’y aller avec la plus grande humilité. Qu’est-ce qui va se passer ? Qu’est-ce que moi je peux apporter à ce film et comment je sers ce film à l’optimal pour que je ne sois pas un échec pour ce film mais un bonus, une plus-value ? Personnellement, je ne vais jamais sur un plateau avec la certitude que ça va fonctionner, tout est à construire, tout est à mettre en place. Moi, je demeure complètement convaincue que la clé pour réussir dans ce métier, c’est l’humilité, le travail, vous pouvez être gonflé n’importe comment ailleurs, d’ailleurs moi je ne suis pas « l’exemple » de l’humilité quand je sors de mon travail. Mais quand je suis à l’intérieur du travail, je n’ai même pas le choix, c’est soit je suis humble et j’avance ou je ne suis pas humble et… Maintenant, l’humilité ne veut pas dire accepter de faire des choses qui sont contraires à ce que vous pensez que le métier est. Si vous n’êtes pas d’accord avec ce qui se passe à l’intérieur du travail, moi je dis toujours, avec humilité, ça c’est ma loi, je pars.

 

N’ayant pas fait une école de théâtre au Bénin, comment avez-vous concrètement pu acquérir vos compétences dans ces différents domaines artistiques ?

Je n’ai pas fait une école de théâtre ici au Bénin mais après, j’en ai fait deux ou trois en chemin, pas en restant enfermée deux ans à trois ans mais avec des modules « sandwich » pour avancer. Avant, je disais et je continue de le dire : « il faut faire une école de théâtre pour apprendre la base, c’est très important, la formation est quasi-incontournable mais la plus grosse école au théâtre comme au cinéma demeure le terrain ». Vous mettez quelqu’un qui n’a pas du tout fait une école, qui commence son parcours et qui travaille régulièrement, de plus en plus sur des projets sérieux face à quelqu’un qui lui, a fait une école pendant trois ans et qui ne travaille pas pendant 7 ans. Donc au bout de 10 ans vous les voyez.  A la fin, celui qui est tout le temps en train de travailler capitalise suffisamment de savoir-faire pour répondre aux attentes sur le terrain. Le talent pour moi, c’est 1% de don et 99% de travail. A mon avis, aujourd’hui, il ne faut plus flatter son égo en se disant qu’on va réussir sans se faire former, parce que si avant, nous manquions cruellement d’opportunités de formation, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Il y a aujourd’hui assez de cadres formels pour le faire former, de façon non moins formalisée que l’école où il faille que vous soyez assis de 8h à 12 h. Même étant déjà travailleur, vous pouvez vous former grâce aux offres modulaires qui allègent le travail au professionnel qui est déjà sur le terrain.

 

Donc vous recommandez en quelque sorte, la formation des acteurs

Oui, il le faut.  Il faut passer par la formation mais ne pas s’arrêter juste à la formation. La formation vous donne les prérequis, la base de travail, le canevas, les techniques et c’est le terrain qui donne l’expérience, le parcours et les petites astuces que chacun de vos partenaires que vous rencontrerez aura capitalisées à son niveau et qu’il vous passera, qu’il le veuille ou non. Dès que vous travaillez, il y a des énergies qui se mélangent, vous apprenez forcément de l’autre même quand il n’a pas envie de vous l’apprendre. Je finirai en disant que j’ai fait une belle école avant de me retrouver sur la scène professionnelle. Cette école c’est l’Ensemble Artistique et Culturelle des EtudiantsEACE, où j’étais disputée (rire) entre la section Danse Nationales – Théâtre et la section Musique moderne —les K-seurs—.

 

Partant de votre expérience, est-il possible de ne faire rien que de l’art et d’en vivre aujourd’hui au Bénin ?

Oui et non. Oui parce que heureusement, c’est un métier universel, si vous êtes comédien, acteur au Bénin et que vous ne visez que le marché béninois, vous ne pouvez pas vivre de votre art avec la crise que le travail traverse au Bénin actuellement dans notre métier, est-ce qu’un comédien peut se lever et dire qu’il ne va vivre que des contrats reçus au Bénin ? Ça va être difficile. Heureusement, c’est un métier universel, donc quand ça ne marche pas au Bénin, vous pouvez travailler au Burkina, en France, dans n’importe quel pays de la terre, c’est à vous de vous battre pour construire votre carrière, construire des réseaux où vous pouvez travailler à l’extérieur. Très peu de métiers vous permettent d’y aller comme ça. Le travail d’acteur, le travail de comédien, le travail d’artiste en général est universel. Oui c’est possible.

 

Et pourquoi le « non » ?

Non, dans certaines conditions, ce n’est pas si évident de ne vivre que de l’art (surtout pour ceux qui travaillent dans le théâtre, précisément) parce qu’aujourd’hui la crise que nous traversons est mondiale, donc les problèmes que les artistes béninois ont, grosso modo, existent aux aux Etats Unis, en France, en Belgique, à quelques nuances près. C’est déjà plus compliqué.

Secundo, quel que soit le pays où ils exercent, les acteurs traversent toujours des creux de vagues, il y a toujours des moments d’up et de down, tant en ce qui concerne le forme physique et morale que l’état de leurs finances. C’est normal et moi je dis heureusement que c’est comme ça parce que c’est en ces moments de creux que vous vous ressourcez, vous vous questionnez à nouveau, vous vous recentrez, vous vous nourrissez à nouveau. Il faut vous faut vous remplir à nouveau. A ces moment-là, vous ne gagnez pas de l’argent et il faut vivre. A ces moments, vous ne vivez plus directement de votre art si vous ne vous êtes pas préparé. Quand la gloire était là, il fallait penser à planifier. Moi, je considère que j’ai un salaire mensuel. Quel que soit ce que je gagne, je fais l’effort de rester dans ce salaire, le reste me sert dans les moments de soudure mais même avec ça, tout n’est pas rose tout le temps. Malgré mon niveau, et mon organisation personnelle, je ne dirai pas aujourd’hui que je vis à 100 % de mon art.  Je joins les deux bouts en essayant d’aller vers quelque chose d’autre.

 

Ce qui veut dire que vous complétez vos ressources avec des activités secondaires et non artistiques ?

Je ne serai pas aussi catégorique dans la typologie des activités. Je suis chanceuse d’être plutôt bonne bilingue. J’ai une Maîtrise en Anglais et je m’adonne à une activité qui ne m’éloigne pas de ce qui me passionne : la traduction. Donc je fais beaucoup de traductions sur commande. Ce qui m’intéresse bien dans cette activité c’est qu’elle continue de me maintenir proche de sinon dans mon art. Etre interprète vous amène parfois à utiliser sur papier, les mêmes techniques que sur scène :  se mettre dans la peau de celui qu’on traduit. J’aime bien mon petit confort et je ne vais me dire qu’il faut que je vive mal parce que c’est comme ça que vivent les artistes.  Un artiste a bel et bien le droit d’avoir un peu de confort et dès qu’il sent que c’est possible. Il faut qu’il y aille. Même aux Etats-Unis, vous avez les grands artistes qui ont été d’abord des serveurs et vous les voyez qui ont investi dans d’autres affaires. Bien qu’étant sur des plateaux de tournage ou je théâtre, ils sont propriétaires de taxi, ils ont des actions en bourse et c’est à ça qu’il faille que nous en venions-nous aussi. Comment devenir des créateurs de richesse ? C’est possible. Tout le monde n’y arrivera pas mais déjà faut-il l’essayer. Tout dépendra de comment on s’organise et aussi de la politique gouvernementale qui vous permet d’installer un cadre logique qui vous protège.

 

En dehors des difficultés financières, quelles sont les autres difficultés que vous avez rencontrées jusque-là et comment avez-vous pu les surmonter ?

La plus grosse difficulté, c’est la vie familiale qui demande beaucoup d’organisation, beaucoup de gestion. En mon âme et conscience, pour le moment, je n’ai qu’une fille et je ne sais pas si je peux avoir d’autres parce que mon métier est exigeant. Je n’ai pas envie de faire des enfants et de les laisser à vau-l’eau. J’ai beaucoup d’amour pour les enfants ; j’aime me faire entourer d’eux mais pour la femme artiste, la plus grosse difficulté demeure la famille, comment gérer la famille ? Avec un époux, vous pouvez vous accommoder, si votre enfant est déjà un peu grand, mais un enfant qui grandit, il a besoin de sa mère. Quand vous êtes tout le temps, partie, ce n’est pas aisé. Après, on y arrive mais avec beaucoup de sacrifice. J’ai refusé pas mal de contrats parce qu’ils sont arrivés à des moments clés de la vie de ma fille, il a fallu donc faire des choix. Par exemple, tous les contrats qui viennent aux mois de Septembre, Octobre sont difficiles pour moi à honorer quand c’est loin du Bénin parce que c’est la rentrée de ma fille. On est tout le temps en train de jongler, de faire des choix, de balancer. C’est pour moi la plus grosse difficulté. L’autre difficulté y est toujours rattachée : c’est la présence, à des moments clés dans votre vie, dans votre famille où vous avez envie d’être avec vos proches, ce n’est pas possible parce que quand vous partez en tournée pour trois mois, pour six mois, vous n’êtes pas là. Aujourd’hui, c’est vrai qu’il y a Skype et autres, mais ça ne remplace jamais la présence physique, ce n’est pas la même chose. Dans votre vie privée aussi, ça vous donne des coups parfois mais le travail est tellement exaltant…

 


Quand vous investissez dans les autres même s’il y a des choses que vous n’arrivez pas à faire, eux ils le font pour vous


Quels sont vos projets d’avenir ?

D’ici cinq ans, je croise les doigts pour que mon école soit là. Je la veux grande donc je mets pas mal d’acquis de côté. Je n’ai pas envie d’avoir une école formelle donc ça me demande beaucoup de réflexion. Je pense qu’elle répondra à mes attentes, je ne suis pas pressée. Je sais, vu ce que je mets en place que je serais déjà une directrice d’acteur accomplie. Dans cinq ans, je me vois sur de belles créations tout en apprenant à d’autres. Je me vois déjà avec ma première réalisation au cinéma, j’apprends de ce côté là aussi, je ne suis pas pressée, je veux faire du beau, du propre. Dans dix ans, ça va être la cinquantaine (âge), je vais pouvoir voir des promotions que j’aurais déjà formées, en train de former d’autres et surtout être heureuse dans ce que je fais. Je ne suis heureuse que quand ceux qui m’entourent sont heureux, arrivent à comprendre ce que je leur ai donné. Je reste convaincue — c’est ma philosophie — qu’on devient plus riche quand on partage ce qu’on a. Ce n’est pas parce que ceux à qui j’aurai donné seraient en train de donner à d’autres que je serais à la touche. J’y serai et je verrai d’autres le faire, ce qui fera tout mon bonheur. Qu’importe si j’ai des maisons à étage, ce n’est pas le plus important. Je crois aussi que quand vous investissez dans les autres même s’il y a des choses que vous n’arrivez pas à faire, eux ils le font pour vous. Il n’y a pas plus belle chose que de voir des hommes et des femmes qui ont reussi leur parcours parce qu’à un moment de leur vie, ils ont croisé votre chemin. Ma vie dans 10 ans, 15 ans, 20 ans, je la vois toujours sur le terrain mais avec d’autres qui seraient en train de construire avec moi dans ce chemin difficile de l’art au Bénin.

 


Nous sommes dans un métier où il y a plus de narcissisme que de générosité


Quels conseils donneriez-vous aux plus jeunes qui abordent les sentiers de la vie professionnelle dans le domaine artistique?

Je commencerai par les erreurs que j’ai commises. Il faut qu’ils sachent que ce n’est pas parce que dans le métier, nous rigolons beaucoup, que nous sommes honnêtes. Je leur dirai de ne pas s’attendre à ce que ceux qui sont en face d’eux soient honnêtes d’office ; ou qu’ils partagent simplement leur vision à eux. Je leur dirai de se battre donc pour la vision qui est la leur, de ne pas être impulsif comme moi je l’ai été. Pendant longtemps, j’ai pensé que tout le monde était comme moi, et j’étais souvent surpris par les autres, mais aujourd’hui je le suis moins. Ce que je conseillerais donc aux jeunes, c’est de moins se jeter sans réfléchir ; de prendre le temps de connaître l’univers dans lequel ils sont. Nous sommes dans un métier où il y a plus de narcissisme que de générosité. Aujourd’hui, je le dis à visage découvert, nous sommes plus narcissiques que généreux. Je leur dirai que nous sommes dans un métier où lla vérité n’est pas toujours la bienvenue. Qu’ils n’y aillent pas en masquant la vérité mais en choisissant les mots, ce qui est aussi un art. Je leur dirai d’apprendre avant de prétendre à un métier. Si vous n’apprenez pas, vous ne pouvez pas vous dire spécialiste de la chose. Malheureusement vous trouvez aujourd’hui des acteurs qui n’ont pas appris à être acteur, qui se prétendent l’être. Je leur dirais aussi de ne jamais baisser les bras. Il y aura tous les jours, des gens qui vont leur faire baisser les bras, qu’ils ne baissent pas les bras. Quand il y a des obstacles, s’ils peuvent contourner, qu’ils contournent, s’ils peuvent enjamber, qu’ils enjambent, s’ils peuvent reculer pour mieux sauter, qu’ils le fassent. Je leur dirai d’avoir surtout du caractère parce qu’autrement, on va les écraser dans le milieu. Je leur dirai d’être eux-mêmes. S’ils se font un sosie de quelqu’un d’autre, ils n’avanceront jamais parce que les sosies de Mickaël Jackson sont où aujourd’hui ? Ils n’ont jamais été Mickaël Jackson, avant sa disparition ; ils ne seront plus jamais Mickaël Jackson, après sa disparition. On est dans un métier où on forge ce qu’on est et on avance.

Interview réalisée par:Jacques AGBOTON PADONOU

Sources images

« Chereté de la vie », un film de Gangan Productions ;

Programme Semis , une image de Tognidaho

1 Comment

    • KANSOU Kandé Julien -

    • juillet 4, 2018 at 11:53

    Brave femme, que Dieu vous aide davantage.

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