Directeur Général de ‘’Proximity Consulting’’, Charbel Badou est un jeune entrepreneur béninois qui s’engage dans une dynamique de résolution des problèmes liés au développement des entreprises. Pour lui, il faut régler l’épineux problème de l’insertion professionnelle des jeunes et surtout du développement durable des entreprises depuis sa source : l’école. A travers cet article BéninCréa va à la rencontre de Charbel Badou, communiquant béninois et juriste en formation, dont les actions concourent aussi à l’orientation des jeunes. Ici, il n’a pas manqué d’énumérer les grandes difficultés rencontrées par les jeunes dans l’environnement béninois.

 

Bonjour. Vous êtes …?

Je suis Charbel Badou, communiquant. Je suis Directeur Général d’un cabinet de communication et stratégies qui s’appelle ‘’Proximity Consulting’’ que j’ai créé depuis novembre 2013 mais juridiquement et légalement, l’entreprise existe depuis mars 2016. Je suis en master 1 communication. Je fais la communication dans son entièreté et je suis également dans la production audiovisuelle qui est une branche de la communication. Justement de par ma formation, j’ai été amené à toucher du doigt les outils de la production audiovisuelle et  tout dernièrement, j’étais au FESPACO où j’ai rencontré un certain nombre de personnes avec qui j’ai quelques projets, toujours dans le sens de faire mieux en plus de ce qui se fait actuellement…

 

Comment avez-vous débuté avec l’entreprenariat ? Pourquoi avez-vous décidé d’entreprendre ?

Il faut dire que la volonté d’entreprendre a émané de ma formation universitaire. Quand j’étais un peu plus jeune, en classe de 4ème, j’ai lancé des jeux concours à l’endroit des élèves. Cette activité m’a valu l’encouragement et le soutien de Maitre Elie Vlavonou, qui m’a aidé à piloter la première édition, la seule d’ailleurs. Mais par la suite, la volonté de créer quelque chose, d’innover, de produire ne m’a plus jamais quitté. Après l’obtention de mon baccalauréat, j’ai eu envie de devenir avocat. Alors, j’ai obtenu une bourse accordée par le Haut-Commissariat à la Solidarité Nationale —qui n’existe plus aujourd’hui— au bénéfice des enfants de journalistes défunts puisque mon père Jérôme A. Badou était journaliste, juriste. Cette bourse m’a fait entrer dans une université privée de la place. Il faut aussi dire que quand j’ai commencé, déjà le premier jour de la rentrée, au sein de la filière « Bachelor of Business Administration » (BBA), spécialité Communication globale et Stratégique, avec les propos liminaires de l’administrateur délégué Mr Virgile AYI, j’ai compris que j’étais là où je suis censé être.

En réalité, la volonté d’être avocat ne s’est pas étiolée mais celle d’être communiquant a pris un pas sur elle. J’ai commencé à suivre les cours et parallèlement, j’étais en Science Juridiques à l’Université d’Abomey-Calavi. Puis un jour le responsable de l’université décida de créer au sein de notre filière, un journal. C’est dans le parcours de la création du journal que cet esprit d’entrepreneur a ressurgi, véritablement parce que j’avais à ma charge la direction de publication de ce journal. Je voyais un peu comment tout se passait. Pour commencer, je devais coordonner la conception graphique ; il fallait donc trouver un graphiste. Je n’en connaissais aucun ; je me suis mis à chercher. J’ai regardé plusieurs journaux mais en parcourant le journal « La Croix du Bénin », le style de conception de ce journal m’a beaucoup plus impressionné et comme c’est ce que je cherchais, je suis entré en contact avec le graphiste de ce journal. Je l’ai rencontré, il nous a aidés à produire les maquettes et par la suite, les travaux d’impression m’ont été confiés. J’ai du trouver à nouveau un imprimeur qui a fait le travail. En réalité, en faisant ces courses : rencontrer un graphiste, chercher un imprimeur, suivre le montage du journal, quelque chose de passionnant est apparu chez moi.  Je me suis d’avantage intéressé à toute la procédure , la conception graphique… qu’est-ce que c‘est ? Je me suis dit que je pouvais en faire un job et je m’y suis aventuré et depuis, j’apprends davantage.

 

Et depuis ce temps que vous vous êtes engagé dans ces genres de services, comment appréciez vous votre façon d’avancer, d’évoluer.

Je fais en sorte d’être toujours dans le canevas du monde évoluant. Aujourd’hui, ce qui fait notre différence avec la génération avant nous, c’est que nous avons les NTIC —Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication —. Donc, on est dans un challenge permanent : se maintenir à niveau. Je poursuis régulièrement mes études tout en étant un chef d’entreprise. Je suis en master 1 communication, je poursuivrai jusqu’où il faudra parce que quand on a cette volonté, cette ambition d’atteindre la perfection, d’atteindre le sommet dans son domaine, on ne peut se contenter des moindres diplômes. J’estime qu’il faut aller très loin, le plus loin possible dans la connaissance, et c’est cela qui fera la différence entre vous et d’autres quand vous serez en face d’un client pour lui proposer des offres.

 

Quand vous parlez de communication, parlez vous juste d’une passion ou un moteur d’auto emploi ?

Je considère que la communication est un moteur d’auto-emploi mais aussi et surtout un grand facteur de développement. Quand je regarde le développement au plan économique, aucune entreprise ne peut faire un bon chiffre d’affaire, gagner et maintenir sa clientèle si elle ne communique pas. Bien entendu, tout dépend des objectifs de chacun quand il créé son entreprise. Si un individu créée son entreprise pour faire du blanchiment d’argent par exemple, il ne sera certainement pas intéressé par les clients. Qu’il reçoive un seul client par an, cela ne lui posera aucun problème. Mais pour quelqu’un qui a la volonté réelle de gagner du terrain, d’être performant sur le marché et accroître sa clientèle, ce dernier comprendre que ce n’est qu’en qu’en communiquant qu’il pourra y arriver. Quand je prends l’aspect de la politique, aucun politique aujourd’hui ne peut gagner quoi que ce soit s’il ne communique pas. La communication ne se limite pas seulement à la conception de supports de communication. Il y a également la manière de diffuser son message, de s’exprimer. Votre communication a pour but d’amener les autres à adhérer à votre vision. Si vous communiquez mal, vous échouerez à la cause, et la communication politique est davantage plus spécifique en terme de méthode d’action.

Au Bénin, on a reproché au régime en place de « ne pas bien travailler ». Normal, quand on ne communique pas, les autres ne savent pas ce que vous faites et posez comme acte —je parle toujours de politique—, et dans le cas d’espèce, ce qui est reproché au régime, c’est en réalité « na pas communiquer » . En dépit du fait que jour et nuit, ils sont en train de travailler, le fait d’avoir manqué de communiquer a fait penser à un certain nombre de personnes que rien ne se faisait ; que tout le monde est à la diastole générale. Pourtant, cela ne signifie pas qu’ils ne travaillent pas. Le simple fait de ne pas rendre public ce qui se fait, constitue une menace, une gangrène (…). Beaucoup disent qu’ils n’ont pas fait venir le président Talon pour qu’il reste au bureau, qu’il soit là à voyager, non. Voilà ce qui peut arriver quand on ne communique pas ou pas assez bien.

Me concernant, la communication, c’est la vie, c’est la source de la vie. Loin d’arracher cette place à l’eau qui est une source de vie, je dirai que la communication est pour l’homme ce que l’eau est pour le corps.

 

Quelles sont les activités que votre entreprise ‘’Proximity Consulting’’ mène ?

Nous sommes dans le ‘’relooking des entreprises’’ qui consiste à redonner vie une entreprise. Il comporte deux volets. Le premier volet du relooking concerne l’habillage, l’image de l’entreprise, comment la reconfigurer, comment la remodeler pour qu’elle soit plus plus attractive. Le deuxième volet rentre dans le fond de l’entreprise. A ce niveau, nous faisons des audits organisationnels, techniques, pour savoir dans les entreprises ce qui empêche que tout évolue normalement. Des travaux que nous avons eu à mener en association avec d’autres cabinets dans le passé, il ressort que dans les entreprises parfois, le problème majeur, c’est que vous n’avez pas mis à la place qu’il faut celui qu’il faut. Attention ! Quand on dit qu’on n’a pas mis celui qu’il faut à la place qu’il faut, je ne parle pas de diplômes.  Je parle de compétence au sens propre du mot. Je parle aussi de motivation. Une personne peut avoir le diplôme adéquat pour le métier sans pour autant être efficace à son poste. Il y en a plein.

Une autre activité de Proximity Consulting, que nous avons institué s’appelle la JOIE c’est-à-dire Journée d’Orientation et d’Information Estudiantine. Cette activité vise à permettre aux nouveaux bacheliers de pouvoir faire un choix d’abord en fonction de leurs aptitudes, ensuite en fonction du type de baccalauréat qu’ils ont obtenu, faire donc un recadrage. Mais depuis l’avènement du régime talon, en l’occurrence ces derniers mois, il y a une décision qui est sortie faisant état de ce qu’il faudrait nécessairement que le candidat au Baccalauréat mette, lors du remplissage du formulaire du baccalauréat, les filières dans lesquelles il veut s’inscrire après le Bac. Alors, quand on est en face d’un cas pareil, il faut encore aller plus loin. Ce qu’on a décidé de faire à partir de cette année, c’est que nos Journées d’orientation seront destinées déjà aux nouveaux élèves qui passent en classe de quatrième, parce qu’à ce niveau, il faut faire le choix entre le modèle court et le modèle long. C’est déjà donc un peu compliqué.

Certains parents disent « moi je veux que mon enfant soit médecin, que mon enfant soit avocat, etc. », et déjà en fonction de ça, ils se disent, « comme je veux que tu sois médecin, ça ne va pas en mathématique hein mais je vais te prendre un répétiteur » et dans certaines familles, le répétiteur est là tous les jours, il vient et il apprend à l’enfant toute sa science, l’enfant passe au Bepc, passe en seconde D, passe en première D et refuse de prendre le Bac. Pourquoi ? Vous êtes vous jamais demandé pourquoi des gens passent un Bac D plusieurs fois et échouent avant de se rendre compte qu’il faut maintenant qu’ils aillent tenter le BAC A ? En fait quand cela arrive, ce sont des rêves qui se brisent. Il y a beaucoup de parents qui se disent « je ne sais pas encore ce que tu vas faire à l’université mais déjà à partir du moment où tu auras le Bac D, tu as plusieurs ouvertures à l’université. Si tu as le Bac A, tu ne peux pas t’inscrire par exemple en Chimie-Biologie-Géologie (CBG) ou en Math-Physique (MP) ».

Il y en a d’autres qui disent « bon, écoute, je serai en train de réfléchir à ce que tu dois faire mais en attendant, tu rentres dans une série scientifique. Là tu auras toutes les ouvertures possibles ». Avec ça, l’enfant arrive en Terminale D et passe le BAC comme un pèlerinage. Pour tout diagnostic on estime que l’enfant est paresseux, fainéant. Mais en fait la faute incombe en grande partie aux parents qui n’ont pas su accompagner leur enfant dans son orientation.  Les exemples sont légion.

Donc nous, nous intervenons dans l’orientation scolaire, universitaire et donc professionnelle puisque cette dernière n’est que la finalité des deux premières. Je suis certain, sans me tromper que si l’on arrive à accompagner correctement les enfants dans ces choix déjà dès la classe de quatrième, le taux d’échec aux examens diminuera considérablement.

 

Quelles sont vos Œuvres, réalisations et difficultés rencontrées depuis la création de votre entreprise ?

Nous avons  travaillé avec un certain nombre de structures en l’occurrence Irgib Africa que je tiens à remercier du fond du cœur parce que Irgib-Africa a vu en moi cet étudiant qui, après les cours, rentre dans la phase pratique de l’enseignement reçu et m’a fait confiance en me commandant un certain nombre de choses : les supports, papiers de communication—prospectus, cartons d’invitations— des tenues, des uniformes Lacoste des étudiants, des agendas, etc… J’ai également travaillé avec la société pétrolière MRS Bénin, à qui j’ai réalisé des bâches, je travaille également avec le ministère de la fonction publique et des affaires étrangères, l’Agence Nationale Pour l’Emploi (ANPE), Wanep Bénin, etc.

En ce qui concerne les difficultés, elles sont énormes. D’abord, ce sont les marchés. Trouver les marchés, a été la première difficulté que nous avons pris le soin au fil du temps à juguler progressivement en faisant bien ce pour quoi nous sommes payés.

Ensuite l’autre difficulté, c’est notre caractère de jeune, parce que la jeunesse s’est dépeinte pendant longtemps comme ce groupe de personnes n’ayant pas un projet de vie, une vision pour sa vie et des objectifs. La jeunesse s’est longtemps dépeinte comme ce groupe de personne intéressé par l’amusement et tous ses corolaires et donc, quand on voit un jeune qui dit qu’il veut entreprendre, on se dit voilà une autre forme d’arnaque qu’il veut démarrer et on commence à être réticent. Tu pars on te dit oui mais derrière toi, on dit ‘’Yin wè é na gayi à’’, c’est moi qu’il va arnaquer ? Mais nous avons au fil du temps convaincu de ce que nous sommes des gens honnêtes et intègres. Nous savons où nous allons, nous n’avons donc pas droit à l’erreur.

Enfin, la dernière difficulté c’est le capital à ne pas confondre avec la gestion du capital. C’est l’acquisition du bien, avoir le capital pour démarrer son activité. J’ai pu arriver à surmonter cette difficulté au bout de beaucoup de sacrifices, parce que lorsque vous gagnez un marché par exemple, il ne faut pas se laisser emballer par l’envie de satisfaire un plaisir qui surgit en vous du coup. Je connais plein de jeunes comme moi qui créent leurs entreprises et quand ils font un gros chiffre d’affaire je veux dire un gros bénéfice, ils prennent leur clic et clac et se mettent en route pour aller faire la belle vie à Lomé, à Abidjan et reviennent les poches vides, commencent à regarder la nature se demandant quel marché va encore venir. Donc quand je parle de sacrifice, c’est que même quand vous en gagnez, il ne faut pas en dépenser autant, il faut savoir mettre de côté. Pour tout résumer, ce sont nos bénéfices qui ont constitué notre capital.

 

Un mot à l’endroit des jeunes

Pour les jeunes qui ne savent pas encore ce qu’ils vont faire, qu’ils accordent du prix à l’information. Je leur demande de prendre date avec nous pour la prochaine journée d’orientation. Ce que je dis peut paraitre amusant mais très profond parce que même au cœur de ces journées d’orientation, nous avons les tests qu’il faut pour savoir s’ils ont la capacité d’être des managers. Il faut se résoudre ou se rassurer à la question selon laquelle, est-ce que tout le monde peut entreprendre ? La réponse est négative. Tout le monde ne peut pas entreprendre, il y a des gens, dont le tempérament ne permet pas d’entreprendre.

Ils doivent être conscient qu’aujourd’hui au Bénin, le monde de l’entreprise est une jungle où je suis convaincu que seule la passion de ce que tu fais peut te faire transcender. Autrement, tu vas lâcher prise, alors que le secret de l’entreprenariat c’est ne jamais baisser les bras ; les difficultés peuvent être aussi lourdes, il ne faut jamais renoncer et surtout persévérer dans la difficulté parce qu’une petite difficulté surmontée égale à un petit succès, plus la difficulté est grande, plus le succès sera grand. Donc face aux difficultés, ne jamais baisser les bras, toujours foncer droit et avec l’espoir que ça ira parce que quand on a de la volonté et surtout quand on a de la méthode, on peut réussir car travailler avec méthode, c’est réussir.

A ceux qui veulent entreprendre, il faut d’abord qu’ils sachent que le monde de l’entreprise est un monde dans lequel ne s’aventurent pas les gens qui ne sont pas passionnés et convaincus. Il faut avoir la ferme conviction que les fruits porteront la promesse des fleurs. Mais le plus important, c’est d’être bon dans son domaine. Je ne veux pas conseiller d’être le plus ou le moins cher. Soyez bon dans votre domaine parce qu’en finalité, les tarifs ne sont pas souvent des questions de discorde. Quand vous êtes bon dans votre domaine et que vous faites bien votre travail, les gens reviennent toujours vers vous et sur les questions financières, vous trouvez toujours un terrain d’entente. Parce que la plus grosse publicité est celle qui va de bouche à oreille et c’est la seule gratuite d’ailleurs.

 

Merci et plein succès à vous Mr Charbel Badou.

Merci beaucoup à Bénincréa pour cette opportunité ouverte aux jeunes entrepreneurs. C’était très intéressant d’explorer à nouveau ces souvenirs que j’ai relégués au passé mais il faut se servir du passé pour construire l’avenir.

Propos recueillis le Mercredi 17 mai 2017.

Une interview de Jacques Agboton Padonou , bénincréa

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