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Didier Sèdoha Nassegandé à l’état civil, est originaire de Sokpadelli dans le plateau d’Abomey. Il a fait ses études en Droit et la Philosophie à l’Université d’Abomey-Calavi (UAC). Nous le connaissons en tant que comédien et metteur en scène, très présent sur la scène de la création théâtrale au Bénin et en Afrique de l’Ouest mais il est aussi communiquant politique.

Ce n’est pas le métier qui est problème mais la manière de faire le métier qui est la question.D’aucuns disent que le travail libère l’homme, mais pour moi c’est la discipline dans le travail que tu fais qui te libère.

On vous a vu faire brandir ton talent, il y a quelques années au sein de l’Ensemble Artistique et Culturel des Etudiants d’Abomey-Calavi – Metteur en scène primé, puis patron des Relations Publiques (SRP), mais votre histoire avec le théâtre vient de plus loin…

D’abord, je tiens à dire Merci à ceux qui m’ont donné la chance de faire ce parcours à l’EACE et d’en tirer un grand profit. Ma rencontre avec le théâtre, en parlant de mon centre de formation, le premier, c’est l’église. Pour être plus précis, c’est là (l’église) que j’ai rencontré le théâtre, j’ai eu ma vraie formation et je l’ai bien pratiqué (le théâtre). Je n’ai aucun regret. J’ai plutôt de l’appétit. Après, je l’ai pratiqué au collège mais la racine de cet attachement au Théâtre, c’est bien à l’église.

 

Didier Nassegandé

 

Comédien, conteur, metteur en scène , donc créateur -théâtre. Est-ce  seulement de la passion ou un moteur d’auto-emploi ?

« Si notre fonction est avant tout une passion, je pense qu’on l’exercerait bien. » Moi, c’est mon métier. En tant que tel, je pourrais être employé par l’état si l’état met en place, les mécanismes d’employer les acteurs culturels. Mais foncièrement, il nous démontre aujourd’hui ses difficultés à affirmer que l’exercice de la culture peut être un travail donc je suis dans l’auto emploi. Pour être plus précis, je m’auto-emploi dans le secteur des Arts, Culture et Tourisme. Je le fais comme tout bon métier, j’ai de la passion à m’auto-employer dans ce secteur.

 

 

Quelle différence peut-on faire entre le comédien, le conteur et l’acteur que vous êtes?

Je ne saurais faire de segment, le tout est ensemble. Je suis assez regardant sur les choses que je fais, je ne vais pas partout, je ne suis pas avec tout le monde, j’essaie de mettre de l’ordre dans mon indiscipline (sourire). Alors, avant d’avoir ma compagnie, je sais que j’ai des aptitudes à être bon comédien. Quand j’ai des sollicitations en direction artistique c’est-à-dire en mise en scène ou suivre des travaux, je le fais mais quelque part, le tout va ensemble. Ce n’est que quand nous avons envie de faire des travaux spécifiques qu’on se dit voilà : ce travail, il est du domaine du conte et celui-ci, du domaine du comédien.

 

Des difficultés jusque-là ? Certainement et comment ont-elles été surmontées ?

D’office, il n’y a rien de facile dans la vie. A mon avis, tout est question d’étape. Ce que certaines personnes pourraient appeler difficultés, je les appelle des facteurs liés à l’étape, même de façon globalisante. Je trouve que si notre environnement n’est vraiment pas favorable à l’éclosion de talents, à l’épanouissement des talents, c’est encore une question d’étape. Pour moi, ce n’est pas une difficulté majeure puisque je la transcende. Malgré cela je n’ai pas fui le pays, je suis là, solide, je ne fais pas de procès à ceux qui sont partis mais de façon générale, je n’ai pas de difficulté. Juste qu’il y a quelques moments de doute, des espaces où tu te demandes, est-ce la bonne étape, est ce que ça doit arriver à ce moment ? Mais de façon générale, je les prends.

 

Partant de votre expérience, peut-on conclure que faire de l’art aujourd’hui au Bénin peut nourrir son Homme ?

Bien sûr que oui. On peut faire de l’art et en vivre. Moi j’ai commencé en 2007. Et à la date de jour, je n’ai pas de regret, on peut en vivre. Le tout est dans la manière, le rêve et la méthode. Qu’est-ce que vous avez envie que ce métier soit pour vous, qu’est-ce que vous lui donnez comme cheminement, comme philosophie, comme respect, comme dignité, qu’est-ce que vous en faites ? Quelle est le professionnalisme avec lequel vous l’abordez. Si vous l’abordez dans du brouillon, il vous servira du brouillon, si vous l’abordez dans du sérieux… C’est dans tout corps de métier. Ce n’est pas le métier qui est problème mais la manière de faire le métier qui est la question. D’aucuns disent que le travail libère l’homme, mais pour moi c’est la discipline dans le travail que tu fais qui te libère.Tous, nous travaillons mais la vraie question, est de savoir quelle est la discipline et le challenge que tu donnes à ton travail ? Lorsque mes partenaires avec qui je travaille disent Ah, ce n’est pas comme ça les autres font, je leur réponds simplement : chacun sait la tomate qu’il vent et chacun sait la tomate qu’il cultive mais la tomate que je cultive ne se vend pas à tel prixet en terme de symbolique pour vivre de ce métier, je crois qu’il faut savoir qu’il est un métier et lui donner tout son respect.

 

Bon. Que regarde t’on maintenant ?

En 2017, nous avons été dans la résistance, ne pas salir notre déterminisme et nous sommes sortis pour faire des tournées, nous avons fait une création et animé des ateliers en jeux d’acteurs.

En termes de projets d’avenir, il y aura beaucoup de matérialisation dans les partenariats avec ‘’Tout Grand Théâtre Djogbé’’. Il y a des compagnies locales avec qui nous avons du travail à faire, il y a également des partenaires sociaux de premiers rangs avec qui nous avons de projets conséquents pour 2018 ; nous allons également renforcer notre équipe, animer des séminaires périodiques chaque trimestre sur les politiques culturelles avec des institutions respectées. Après nous allons être dans de grands projets de création ici au Bénin avec des acteurs sérieux. 2018 va être une belle année pour ‘’Tout Grand Théâtre Djogbé’’, pour ses membres pour ses partenaires et pour nous même ça va être une année fructueuse de grandes réalisations.

D’ici deux ans, je crois qu’il va falloir qu’on s’intéresse beaucoup à la politique culturelle de notre pays. C’est très important. En tant que jeune, il est important et c’est même très urgent pour nous d’être au-devant de la scène politique culturelle, d’en fixer les bases, d’en fixer les périmètres, d’en faire les coordonnées et de décider pour notre pays ce qu’il va être artistiquement, culturellement et sur son plan touristique, en lui apportant un souffle, ça se fera dans les normes et dans les charges qu’il faut.

D’ici 5, 10 ans, nous allons suffisamment impacter notre univers et arrêter de pactiser avec des gens qui détruisent cette culture. Je parle du pacte du « trop respect » qui est nuisible pour notre culture. Tant que nous ne sommes pas départis de ce type de pacte, ça ne fonctionnera pas et je m’adresse à mes congénères. Finie cette époque du « trop respect », du culte du devancier qui malheureusement ne nous est utile à rien. Au contraire, il nous avilit, ne nous permet pas d’avancer et on est dans du statut court. On est à l’étape de la prise de responsabilité, il n’y aura pas des patrons de l’ombre, nous ferons ça aux yeux et aux sus de tout le monde et ça va bien se faire dans le respect mais dans la rigueur de ce que nous devons trancher avec tout ce qu’il y a, être direct et très pragmatique, nous en avons besoin.

 

Quels sont vos conseils à l’endroit des jeunes qui voudraient bien faire comme vous ?

Je n’ai pas de conseils à donner à priori étant donné que je n’ai encore rien construit. J’écris ma modeste histoire qui n’est pas encore une histoire, elle n’est même pas encore en phase d’introduction. S’ils ont envie de faire des choses, qu’ils le fassent bien, si c’est le théâtre, ils n’ont qu’à le faire, s’ils ne veulent pas faire du théâtre, ils n’ont qu’à aller ailleurs. A moi-même, j’aurais besoin d’être assez ouvert vis-à-vis de mes congénères, de donner et de beaucoup donner sans attendre de retour, apprendre à faire confiance.

Merci beaucoup et plein succès à vous.

 

Pour #Bénincréa

Interview réalisée par Jacques Agboton Padonou

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