fbpx

ZANSOU, l’inexpliqué inexpliquable,

Du 10 au 19 Déc 2018 – Médiathèque des Diasporas de Cotonou, François Zansou Kougblénou, présenté par Cotonou Creative. À l’image de l’autre François, il nourrit chaque matin les oiseaux, prêche à ses frères du ciel.

Être mystique, tout ce qui l’entoure lui parle. Libre penseur, poète, il s’aménage un espace dans la langue par des mots qui la dé-composent (pondrahouse, possiblamour) et la réaménagent pour donner le sens précis de sa quête picturale qui n’est que la quête intime de son être. Au début il y avait François le Vannier. Il voyait ce que nous ne voyons pas, il voyait des fées et les apprivoisait « poupées de chiffons aux yeux étranges » pour en faire ses compagnes. La peinture est venue « avec les angoisses ».

Le cycle outreœil surgissait tout droit de l’inconscient collectif : sur fond marron, couleur terre, couleur lourde, couleur tombe, des yeux immobiles d’idoles nous observent. C’est nous qui les regardons, et c’est eux qui nous voient. Des visages parfois simiesques, un regard un peu moqueur, un regard qui sait plus que nous, qu’est-ce qu’ils savent ? Une sagesse mystérieuse se dégage mais sommes-nous certains de vouloir savoir ? Ils nous inquiètent. Lorsque le fond n’est pas marron les couleurs sont marrons, marron et ocre, marron et bleu, noir et marron. Les mêmes couleurs se succèdent sans être une seule fois monotones ; on pourrait regarder les toiles de Zansou (son nom en gun signifie plénitude de la nuit, les angoisses ont chassé François le Vannier pour faire place à son alter-ego plus puissant, son être intérieur) comme on regarde la mer, succession de vagues, jamais les mêmes. Animaux mythologiques, un sphinx, des oiseaux, des fées, l’esprit des ancêtres, des masques, autoportraits ?

Avec le cycle suivant, évolassistance, Zansou comprend qu’il n’est pas seul, qu’un être protecteur l’accompagne, « l’assiste » dans son devenir et les angoisses s’évanouissent.

Dans étherocorps l’être intérieur prendra sous son aile l’être d’apparence. Plus sûr dans ses traits, il commence des bicquillages, dessins au stylo (Bic), qui ne lui permettent pas le doute, le trait doit être sûr puisque définitif. Zansou cherche la mouvance, la fluidité, la respiration spontanée d’un enfant et lorsqu’il réussit à se “débarrasser du superflu”, se “désencombrer”, ses toiles sont pures, d’une clarté innocente et toujours profondes et mystérieuses.

Un jour “après la pluie” il découvre les êtres de pierre. De retour à la maison il les sculpte. Les formes modelées en tourteau (noix de palme écrasée et latérite), yeux de charbon, révèlent des personnages d’une forte expressivité. Les petits êtres se rassemblent autour d’une nouvelle, s’entrelacent, se regardent avec tendresse, présence des ancêtres.

Assez rare dans le paysage des arts visuels d’ici, les toiles, les sculptures, les dessins de Zansou ne cherchent pas à infliger une conduite éthique,
sociale, ne fustigent pas des faits de société, ne combattent pas l’injustice ou la démagogie mais transcendent la matière pour parler d’âme (anima, animisme), de l’humain, de ce qui l’anime et le définit en dehors, malgré ou avec la réalité.

Zansou, homme pirouette, homme ballerine, homme des mots, des étincelles translucides, François des oiseaux, tanagra cariatide des questions fines ou poids lourd, bracelets acrobaties à ses chevilles, éclairs alourdis au poignet gauche.

« Ma mère potière, mon père acrobate …l’histoire d’une vie… »

Zansou est fait des sons, explose en performances corporelles, syllabaires, porte son Bic comme prolongement autant de son regard que de ses vocables, son organe le plus sensible n’est pas interne, n’est pas le cœur, mais l’œil et le sens le plus aigu certainement l’ouïe.

Zansou et sa cour mitoyenne, exposé au regard de ses voisins, son thé gunpowder, le riz, les clopes, l’herbe, Zansou prêt à tout comprendre, prêt non pas à trouver mais à chercher, à distiller, à démanteler, heureux de ses trouvailles, un petit serpent séché dans les herbes du jardin, des pierres parlantes surgies au bord d’une route, Zansou, homme enfant, vif, en éveil, vorace, lorsqu’il danse il est nu, ses mouvements ont le rythme des nuits chaudes et âpres, le nerf des questions bourdonnantes, il danse comme un arbuste pourrait danser. Zansou, vigile de nos insomnies, creuse au plus profond de la nuit, des aromates poussent derrière ses pas.

Il reste, au-delà du regard, la magie, c’est-à-dire l’envol soudain au-delà du connu…

Fabiola Badoi 2013-2 016.

Texte publié dans la Dilettante, le Catalogue Waba et le Répertoire des artistes du Bénin entre 2013 et 2016. Avec l’aimable autorisation de l’auteure.

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *