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Il est de la race des résistants, mais aussi de celle des conquérants. Depuis une dizaine d’années il fait parler de lui sur les scènes de théâtre, de sa présence en tant qu’acteur, metteur en scène et conteur. Mais en plus, c’est une personnalité assez chargée qu’il transporte, et qui est tirée de plusieurs sources géographiques, plusieurs cultures qui se mixent. Mali, Togo, Burkina-Faso, Benin, Côte d’Ivoire, Koami Vignon à une corde qui le lie à chacun de ces pays sans qu’aucun d’eux ne lui mette la corde au cou. Bénincréa ne l’a pas suivi. Impossible. Il l’a juste rencontré sur l’une de ses terres chaudes irriguées par ses histoires qui coulent comme le Joliba, et voici…

 

Koami Vignon, tu es beaucoup de choses à la fois dans le monde des arts et de la culture en Afrique. Peux-tu te donner un nom qui se rapproche de ce que tu es ?

Un nom qui se rapproche de ce que je suis. A cette question aujourd’hui, je peux me permettre de répondre que je suis un artiste. C’est comme ça que beaucoup de gens me définissent mais j’avoue que pendant longtemps j’ai été dans le milieu des artistes, dans les milieux de spectacles sans forcément me considérer comme étant artiste moi-même. Est-ce un complexe que j’avais ? Je ne saurais le dire. J’ai mis longtemps à me définir moi-même comme étant artiste, voila.

Quand on a été influencé par de grands artistes et qu’on sait que notre œuvre n’est pas aussi grande que ce que ces grands-là ont fait, on se sent tout minuscule à côté d’eux. C’est dire à quel point la notion d’artiste est difficile à cerner. C’est pour moi, quelque chose de très vaste. Puis dans l’artiste, il y a plusieurs dimensions toutes aussi complexes les unes que les autres. Dans l’artiste vous avez l’intellectuel, parfois le penseur, le philosophes, quelqu’un qui transmet, qui fait prendre conscience, qui éveille, qui attire l’attention, qui tire sur la sonnette d’alarme, qui dit très fort et haut ce que les autres ne peuvent pas dire parce que justement l’artiste est dans une autre dimension et il réussit à se débarrasser de tous les préjugés, il prend des risques et lui il peut bomber la poitrine sur la place publique. C’est un rôle très important et pour moi ça a toujours été comme ça. Et pendant longtemps j’ai eu beaucoup d’admiration pour bon nombre d’artistes que j’ai pu côtoyer et dont je connais la grandeur de l’œuvre ; donc pendant tout ce temps je n’ai pas pu me définir comme étant un artiste ou comme étant de la trempe de ces gens-là.


 

Aujourd’hui donc, oui, vous avez le courage de le dire

Aujourd’hui, non je ne peux pas dire que j’ai réussi à atteindre le niveau auquel je place l’art mais en tout cas j’arrive à assumer ce statut-là. Je m’appelle Koami Vignon, je suis artiste comédien conteur, et metteur en scène.

Je suis historien de formation, c’est ce que j’ai fait à l’Université. Mais pour moi tout ça, c’est lié : l’histoire à la fac pour moi c’était le même appel que celui du théâtre et celui du conte. C’est-à-dire que j’y allais pour apprendre et transmettre l’histoire de l’Afrique, l’histoire des hommes qui ont marqué la vie du continent mais malheureusement ce n’est pas ce à quoi je m’attendais… Cependant, historien, comédien, conteur, il y a un fil rouge qui est pour moi évident et moi je m’inscris dans cette dynamique. Bon voilà, après tout, je me sens unique.


 

Et Koami, qui est-ce qui se cache derrière l’artiste que tu es ?

Je pense que derrière l’artiste, il y a l’artiste. (Rire) Et voilà, il y a quelqu’un de sensible à ce qui se passe dans son environnement immédiat ou lointain et qui se sent touché mais des fois inconsciemment. Quelqu’un qui se sent concerné aussi par ce qui ne le touche pas directement, par les maux de notre société, les disfonctionnements des choses et qui essaie de s’interroger et d’’amener les autres à s’interroger, qui essaie de à murir des réflexions autour de solutions éventuelles, de prises de conscience.

C’est aussi quelqu’un qui aime se fondre dans la masse, parce que l’une des hantises de plein d’artistes est de toujours vouloir porter une sorte de singularité, une particularité, par rapport aux autres. Moi ça ne me dérange pas de me fondre dans la foule, de disparaître quitte à ressortir ma tête pour des choses importantes. Le reste du temps je reste camouflé et je sors la tête quand il faut pour marteler, taper sur la table et pour du coup tirer l’attention sur ce dont il est question, l’urgence.

L'entracte – Koami Vignon & Pamela Badjogo

Jeudi dernier, j'ai eu la joie de goûter à une nouvelle expérience artistique aux cotés du talentueux conteur et metteur en scène Koami Vignon : voici un aperçu de l'entracte qui clôturait la soirée Carte Blanche à Koami Vignon à l'Institut Français du Mali le 30 mars dernier. Images by Sébastien Rieussec

Posted by Pamela Badjogo musique on Thursday, April 6, 2017

Entracte – Koami Vignon & Pamela Badjogo


 

Lequel des arts précisément, te définirait le plus ?

Je pense que la difficulté que j’ai eue depuis longtemps à me définir en tant qu’artiste vient du fait que je n’ai jamais pu mettre de cloisons entre les différentes disciplines. J’étais en admiration devant les danseurs, les musiciens les sculpteurs, et même n’étant pas moi-même musicien, danseur, sculpteur, j’ai toujours eu l’impression qu’on était dans la même démarche : dire le monde tel que nous le percevons, tel que nous voulons qu’il soit, tiré de notre imaginaire. C’est compliqué pour moi-même de me définir suivant quelque chose de précis.

J’ai envie, dans mes contes, qu’il y ait de la peinture, du dessin, de la sculpture, de la danse, qu’il y ait vraiment tout parce que ces choses-là ont enrichi mon propos. Cela étant je ne fais pas tout, je ne suis pas l’artiste à tout faire. Il y a des artistes que je connais qui sont impliqués dans plusieurs domaines à la fois, j’en suis admiratif.

Moi, depuis une dizaine d’années je travaille autour de conte, mais ça s’est fait de façon fortuite car je me suis retrouvé à un certain niveau de ma carrière où j’avais envie de faire d’autres choses. J’avais déjà, même si elle courte, l’expérience des compagnies et je voulais changer. Alors je me suis concentré sur les contes et c’est lié aussi à mon cursus universitaire : l’histoire.  Je ne l’avais pas fini et j’étais frustré et ma façon de rattraper cela était avec les contes africains, pas que les fables, mais l’histoire africaine tout simplement.

J’ai étudié les contes sous toutes ses formes et j’ai énormément travaillé dans les écoles car pour moi l’artiste se définit aussi par cela. Nous sommes des passeurs de mots, passeurs d’émotions, passeurs de pleins de choses ; des éducateurs pas en ce sens où mes contes ont une leçon de morale à la fin, et que je passais comme message non non, pas dans ce sens-là. Je parle de la possibilité qu’offre le conte, qu’on y mette plein de choses importante donc on peut aborder tant de sujets par le conte en creusant les questions et travaillant sur ses compétences de transmission.

Donc oui s’il faut répondre à cette question je dirai oui. Mon travail est surtout axé sur le conte, mais du conte théâtralisé, c’est-à-dire le conte comme approche et le théâtre qui se rajoute pour enrichir le côté ludique et le côté artistique. Et puis selon les besoins, je reprends ma casquette de metteur en scène.

Cela étant, je reste toujours dans une certaine logique avec ce que je sais faire, je ne fais pas tout, je fais ce qui est cohérent auquel je suis sensible.


 

Tu es d’ici et d’ailleurs à la fois. Ni Malien ni Togolais, ni plus Béninois qu’Ivoirien, Qui es-tu, lion ?

 

Retrouvez la suite de cet article dans les prochains jours.

 

Credit Photo: Marion Bargès ; Vidéo : Lalooprod; Interview réalisé par Fidel Kassa

 

 

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