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Patrice Tonakpon TOTON, est un artiste Comédien, conteur et metteur en scène, très engagé sur le terrain de la transmission du savoir artistique aux plus jeunes. Dans tous ses travaux, il souhaite que son art touche les consciences, qu’il fasse réfléchir et réagir. Et quand les «divinités» prennent possession de lui, plus rien ne l’arrête, Il pense, agis, crée, invente, réinvente, joue, écris, et conte. Marié et père de deux enfants. Il est actuellement le président de l’Association culturelle Katoulati, qui travaille au Bénin et en France

 

 

Patrice Toton, c’est près de deux décennies d’expérience dans le domaine des arts et de la culture. Ce qui veut dire projets artistiques et rencontre humaines. Que doit –on savoir de vous ?

C’est vrai qu’en regardant derrière, ça fait plus de 15 années derrière. J’ai croisé  le chemin de plusieurs personneset  personnalités, du milieu artistique national (Bénin) et international, Hermas Gbaguidi, Claude Balogoun, Urbain Adjadi, Isidore Dokpa, Orden Alladatin,  Alfred Fadonougbo, Joël Lokossou, Arsène Yèmadjè, Dine Alougbine, Joseph Kpobly, José Pliya, Camille Amoro, Tola Koukoui, Léonard Yakamou, Binda N’gazolo, Hassan Kossi Kouyaté, Gustave Akakpo, Javier Pinon Lopez, Rolland Ficher, René Loyon, Carlos Brandt, Rose Marie Racine, Adama Traoré, André Joly,  pour ne citer que ceux-là. En terme de projets J’ai conçu et administré le projet PASLO« Arts de la scène, des langues et de l’oralité »,c’était en 2012. Ensuite, le projet « Ho-lomi-lomi, paroles utiles, bonnes à dire et à entendre » , au profit du Théâtre Aboki. Ces deux projets ont été financés par l’Union Européenne au Bénin. Actuellement, dans le cadre de la collaboration Katoulati-Bénin et Katoulati-France où j’assure la mission de chargé de projets, je continue de mettre en place des activités socioculturelles et éducatives autour du conte, du théâtre, de la percussion, de la danse et des arts visuels en direction des populations, des comédiens et conteurs au Bénin et ailleurs, en particulier des élèves et étudiants.

Patrice et l’art en général, comment s’est effectuée cette rencontre ?

Orphelin de mère à l’âge de 11 ans, éloigné de mon père et de ma ville natale Savalou et, placé dans un foyer où je peinais à trouver amour et affection, j’ai choisis  pour soulager mes souffrances,  la lecture. Au collège, cela va sans dire que mon amitié avec les professeurs de français était excellente. Et justement en classe 4ième, grâce à l’un de mes prof de français, Faïhoun Lucien, j’ai pris goût au théâtre. Ça commencé par Le lion et la perle,de Wolé Shoyinka, puis  en 1996 au Centre Culturel Français de Cotonou, j’ai tenu brillamment je crois, le rôle de Noutsa Dans le pétrin, une mise en scène de Claude Balogoun , avec la Compagnie Tohouinnou…

Quand je fais le point aujourd’hui, je me dis que la lecture m’a ouvert la porte du théâtre et, le théâtre m’a conduit au cœur de l’art et de la culture.  Et, j’ai évolué pas à pas jusqu’à ce jour, pensant comme Christian Leblicq : « si le théâtre n’est pas un combat, n’entre pas dans les préoccupations, les luttes et les espoirs des hommes, il n’a pas de sens ».

Il y a plus de contes dans le monde qu’il n’y a de cheveux sur la tête.

On pourrait dire sans se tromper que le conte compte pour Patrice ; Quel est le positionnement effectif de cette discipline artistique dans votre vie ?

Pour moi le conte est incontournable. (Rire) Les premières semences de conte, je les ai reçues entre 4ans et 10 ans, à  Ouèssè, un petit village derrière les collines de Savalou, ma terre  natale. C’est marrant ! Mon père, patriarche, maçon à la retraite, ancien fonctionnaire des Travaux Publics, était prêtre de fa; mon oncle Paul, officiant du culte catholique dans le village, et mon autre oncle Idrissou, lui était le seul pratiquant de l’Islam à l’époque à Ouèssè. Chacun d’eux me plongeait dans son univers par des récits initiatiques, aussi ludiques qu’instructifs. Et un jour, mon père m’a dit : « Il y a plus de contes dans le monde qu’il n’y a de cheveux sur la tête. Et, tous les peuples  de la terre ont des histoires à raconter. Le Fâ, à lui tout seul, reflète le monde et ses histoires depuis les origines à nous et aux générations à venir pour des siècles et des siècles …»Les contes au clair de lune au village sont mes plus beaux souvenirs d’enfance.

En terme de positionnement de cette discipline dans ma vie (soupir)… inutile de vous dire à nouveau que le conte compte énormément tant dans ma vie personnelle que dans les actions de l’association Katoulati au Bénin comme en France. C’est le moteur même de tout mon engagement à apporter quelque chose au monde ; de contribuer au développement humain durable…à l’existence continue des peuples que je connais et ceux que je ne connais pas, par la mémoire et l’imaginaire…vous reconnaissez avec moi qu’effectivement tous les peuples ont des histoires à raconter. Mieux Il me semble utile et pertinent d’inscrire le conte dans une nouvelle dynamique de façon à l’adapter aux besoins de notre temps ; et c’est ce que  j’essaie de faire avec  l’équipe de  Katoulati. Nous essayons d’apporter le conte dans de nouveaux espaces (lieux), de nouveaux cadres, à la rencontre des publics très variés. Le milieu scolaire est prioritaire (Primaire, secondaire et universitaire) ; Nous pensons que la rue, les CJL (Centres  des Jeunes et Loisirs), les Maisons de Jeunes et de la Culture, les Centres Hospitaliers, les réunions d’entreprise, les colloques, les séminaires, les institutions et les  lieux du pouvoir (La Présidence, l’hémicycle, les ministères, etc.), tous ces endroits devraient être accessibles aux conteurs ; et c’est ce que nous proposons et essayons  de faire avec les RIAO (Rencontres Internationales des Arts de l’Oralité) depuis 2011.

Comment est-ce que le conte a pu s’introduire dans le parcours de Patrice Toton, au point de devenir le pôle principal autour duquel tout se construit ?

Je crois que le véritable déclic, c’est quand j’ai croisé sur mon chemin les conteurs Binda N’gazolo, Hachimou Oumarou et Sanny Boudha. Je crois que là, j’ai vraiment compris qu’on pouvait faire du conte un métier. J’ai aussi compris que le conte est le miroir du monde, le lieu où tout est possible, où tous les rêves sont permis, où tout peut avoir une place, une vie et une parole ; et quand je dis tout, c’est vraiment tout, êtres vivants et objets, visibles, invisibles, réels, irréels, imaginaires ou non. J’ai compris que le conte est le père des disciplines artistiques et un bon cheval de bataille pour l’art engagé. Et, j’ai adopté le conte. Puis, le conte m’a conduit au festival Gatan-gatanen 2005, à participer au projet « l’école de la vie » de l’atelier Orisha de Orden Alladatin  sur financement de l’UE  en 2008, aux Jeux de la Francophonie au Liban en 2009, à la création de l’association socioculturelle Katoulati en 2009, à l’organisation et l’animation  en 2009 du « tout premier atelier au Bénin », sur le conte et les techniques  de narration, au CCF (actuel Institut Français de  Cotonou), et à Parakou au Centre de l’alphabétisation…

Vous avez monté plusieurs spectacles de conte sur des événements au Bénin et en Afrique. Une référence : le spectacle Danxomeho, sur l’histoire politico culturelle de la royauté au Danxomey. Qu’est-ce que cette expérience t’a apportée au-delà du sillage artistique ?

Pour rappel, Danxomè-Xo,est un texte et une mise en scène de Patrice Tonakpon  TOTON, avec Charrelle Tété Hounvo, Souleman Laly, Parfait Dossa et Edouard Ahlonsou. Danxomè-xo  est un spectacle qui retrace  l’histoire du Bénin, des origines du Danxomè jusqu’à l’avènement de la démocratie…

« Ecoutez le son du gon géminé qui raconte l’histoire du Danxomè. Ecoutez les voix percutantes de trois conteurs et d’un chanteur percussionniste vous «trans-porter» sur les ailes de la parole à travers  l’histoire du Danxomè, puissant royaume dont la puissance et la témérité  n’avaient pas d’égal  sur les côtes  occidentales  de l’Afrique  noire d’alors. Les conteurs vous transportent au cœur des guerres de conquête du téméraire Danxomè qui avait voulu posséder, dominer et annexer la quinzaine de royaumes qui l’entourait. Ils vous font découvrir l’exceptionnel destinée du royaume de Danxomè devenu Dahomey sous les colons français et Bénin après l’indépendance en 1960… », Extrait du dossier de spectacle !

Danxomè-Xo est un spectacle dans le genre conte théâtralisé où la beauté du texte qui alterne légende et mythe, mais aussi vaillance, prouesse et réalité,  s’associe au talent avéré des artistes, se mélange à la gestion de l’espace, des accessoires, et de la lumière,  pour donner un spectacle total à la fois engagé, distractif et dynamique.

Cette belle expérience m’a permis de savoir qu’au Bénin le sens de l’intérêt général est la dernière préoccupation des personnes qui sont censées en faire leur règle de conduite. Les autorités, les responsables à divers niveaux et les spécialistes des secteurs de l’art, de l’éducation et de la culture qui étaient conviés aux premières représentations à l’Institut français de Cotonou ont reconnu la qualité et l’intérêt public de cette création historique et, ils ont tous pris l’engagement d’œuvrer pour la diffusion du spectacle, surtout dans les établissements scolaires et les universités ; par la suite il n’en a rien été.

J’ai compris que pour être prophète dans son propre pays, il faut être soit partisan de Dieu et vendre la foi à gorge déployée, soit adepte de Machiavel et faire de la démagogie politique un mode d’emploi, ou encore être un supporter du capitalisme sauvage et pousser « à tout prix » la population à la consommation effrénée de produits « venus d’ailleurs », j’ai beaucoup appris. J’ai compris que « notre histoire » est en train d’être écrite et racontée par « d’autres », que notre existence « à nous » est conçue, fabriquée et nous est vendue, comme tous ces produits « destinés à l’Afrique » qu’on rencontre dans nos rues, dans nos assiettes, qui assiègent et inondent nos cerveaux et nos intestins.

J’ai compris que l’esclavage, la colonisation et tous les crimes connus ou inconnus perpétrés contre nos ancêtres ont engendré des maux, on ne peut ô combien graves, de façon qu’il nous faut un Engagement National Citoyen par l’Art pour « panser le mal », «penser et agir par nous-même». Danxomè-Xo m’a permis de me sentir « Citoyen », de vivre la sensation d’avoir apporté une contribution à l’éveil de conscience de mon pays, en même temps, cette création a renforcé ma détermination, ma capacité à créer dans des conditions difficiles, mon ambition à poursuivre mes travaux autour du conte. J’ai créé plus tard dans le même registre « Sukiana, une pétition pour la paix »pour le sommet de la paix qui a eu lieu à Bamako ; le spectacle a été représenté par la suite à Ségou, au festival sur le Fleuve Niger. Danxomè-Xo m’a également mis sur le chemin de gens de grande qualité comme Bernard Charbonnier qui  a consacré l’article  suivant à la création ref : 201401.Article Danxomè-Xo-Bénin A4.odt ; Bernard  CHARBONNIER – 2 janvier 2014

Derrière le créateur, c’est aussi un opérateur culturel actif.  A la tête de l’association Katoulati, tu as initié et conduit plusieurs projets de portée significative au bénéfice des artistes aux Bénin. (PASLO, Ho Lomi-Lomi, les RIAO etc …) Lesquels de ces projets vous ont positivement  marqué personnellement ?

 

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Retrouvez la suite de cette interview la semaine prochaine ici

2 Comment

    • Dossou Oscar -

    • septembre 26, 2018 at 11:35

    Bonjour

    • patrice toton -

    • novembre 9, 2018 at 13:56

    Vous faites un travail titanesque !!! C’est un honneur pour nous de partager votre idéal! A l’art les génies! Bonne continuation…

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