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La 10ème édition des Récréâtrales se tiendra à Ouagadougou , capitale Burkinabè du 26 octobre au 03 Novembre 2018. Avant cette plateforme finale ,cétaient déjà plus de 6 mois de regroupements d’auteurs, metteurs en scène et scénographes; des ateliers de travail dans les cours et les vies des habitants du quartier Général de l’évènement. A la conduite de cette grosse machine vielle de 20 ans et toujours si jeune et vive, l’équipe de Artistide Tarnagda. Ce reg’art porté sur l’activité est la transmission de l’éditorial de Aristide , Directeur des 10ème Récréatrales. On y va…


Aristide Tarnagda – Directeur Général des Récréâtrales

ETRE ENSEMBLE

Chères toutes
Chers tous

2002

Alors que je venais d’intégrer le Théâtre de la Fraternité, je regardais avec éblouissement des artistes du Burkina et d’autres pays d’Afrique répéter tous les jours sur la scène Sony Labou Tansi et dans la cour de l’espace culturel Gambidi. Une répétition m’attirait chaque soir. Les Récréâtrales venaient de faire leur nid non seulement à Ouagadougou mais aussi dans mon ventre et dans mes rêves. Mon spectacle à moi c’était de regarder Étienne Minoungou et ses copains déployer beaucoup d’énergie pour activer l’utopie afin de nous sortir « du caca glissant de notre condamnation » comme dirait Sinzo Aanza. Ils organisaient, accueillaient, administraient, répétaient, jouaient. Ensemble. Cette aventure humaine, artistique, panafricaine en gésine m’a ébloui tout de go. En 2004 dans le souci d’en faire un espace de transmission et d’accompagnement, de jeunes artistes ont été invités à intégrer le « côté cour ». Je venais de poser mon premier pas et de pousser mon premier cri dans ce monde de résistants.

2013

12 ans plus tard la responsabilité de maintenir debout ce formidable espace de fabrique de sens, de tissage de lien, de réhabilitation, d’exigence de dignité et de liberté m’est transmise par Étienne Minoungou. Me voici embarqué dans la fabrique et la conduite de l’un des outils et espaces artistiques les plus importants du monde. Ô ancêtres ! Que votre volonté soit les Récréâtrales ! Fonçons.

2014

Du bâclage de l’humain à l’horizon. Quel mot d’ordre ? « Tenir la main au futur qu’il ne tremble pas ; qu’il sourit ». Il n’y avait pas de sourd au rendez-vous. Pas de tremblement. Nous sommes et serons un espace de résistance. De refus. Le 30 et le 31 octobre 2014, des jeunes, des femmes, des enfants ont ri des balles assassines et leur sang a fertilisé la fierté des morts. L’horizon est gros de nouveaux soleils. Celui de l’espérance. Celui d’un horizon juste et radieux.

2016

Conscients qu’aucune lutte n’est acquise et que l’enthousiasme endort, nous invitions à « Sortir de l’ombre » pour ensemble maintenir la veille citoyenne et exiger de nous-mêmes de la lucidité et de ceux qui se sont engagés à tenir les rênes de notre destinée de la rigueur et de l’orgueil. L’orgueil qui nous oblige à nous transcender.

2018

À peine avons-nous pris notre élan pour notre horizon rêvé que notre ciel s’assombrit. Désormais nous vivons la peur et la méfiance au ventre. Notre terre est tout le temps, attaquée. Piégée. Ces enfants explosés. Notre humanité coule dans son sang. Tantôt au nord tantôt à l’est tantôt au cœur de notre intégrité. Désormais notre terre est baptisée « zone rouge ». On nous fait peur et nous faisons paradoxalement peur à notre tour. Nos amis ne veulent plus fouler le sol de nos ancêtres. Notre histoire bégaie. Balbutie. Alors que faire ? Que nous dire à nous-mêmes ? Que dire au monde ? Devons-nous continuer de respecter l’ordre établi ? A penser que la culture et l’art sont du luxe et que nous n’avons besoin que du maïs et du riz ? Quel théâtre, quelle musique, quel pas de danse, quelle peinture, quel art pour fertiliser, fermenter et cimenter le vivre ensemble ? Et si nous pensions à l’art du courage ? Le courage tressé. Le courage dressé. Le courage lavé. Le courage chanté. Le courage loué. L’art du courage tressé ensemble. Le courage de dire non au bâclage de l’Homme. Le courage d’exiger de nous-mêmes d’abord. Le courage de la transcendance. Le courage de dire que nous ne voulons plus être à la périphérie. Le courage de dire que les seules croissances qui vaillent la peine ce sont celles du rire et du cœur de l’homme. Le courage de dire que nous sommes venus sur la terre pour Etre et pas qu’avoir, avoir et avoir. Le courage de miser sur l’Homme, sur l’utopie, le rêve, la beauté, l’émerveillement. Etre ensemble. Jours et nuits. Faut donc réapprendre à l’être humain l’art d’être ensemble. Remettre la beauté, le rêve, l’émerveillement au cœur de toute politique. Ici il n’y a pas d’autre entêtement que celui d’être ensemble ; se dépasser pour accepter l’autre; le porter. Etre avec lui. Ensemencer le sens ensemble. Ici il n’y a pas d’autre prétention que celle d’interroger et de s’interroger : l’Homme ou la bête ou la machine ? La beauté ou la barbarie ? Depuis une année plus de trois cents artistes venus des quatre coins d’Afrique et du monde ainsi que les habitants de Bougsemtenga, en dépit du craquellement de l’espoir, s’activent à alimenter, à rendre possible, réel, convivial et beau cet espace d’être ensemble.
Et comme écrivait Wajdi Mouawad « Maintenant que nous sommes ensemble ça va mieux. »

Bienvenue.
Trois fois bienvenue.
Bon festival.

Aristide Tarnagda

 

Crédit Photo I. Tasembedo ; Sur Prospéro par D. Niangouna

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