Comédien et amoureux des lettres , de nationalité Tchadienne, Madjitoubangar Djarim a sillonné plusieurs`pays en Afrique de l’Ouest. Il a répondu présent à plusieurs rendez-vous culturels notamment dans le domaine du théâtre;  Récréatrales à Ouagadougou, les Praticables à Bamako, le FITHEB au Bénin, pour ne citer que ceux là (il continue d’ailleurs). Aujourd’hui avec son association Théâtre Elan, il se donne comme mission d’agir pour la relance du théâtre au Tchad, un pays qui a traversé plusieurs difficultés dont l’impact sur l’activité culturelle n’est plus à démontrer. Djarim parle ici de l’activité « Une lecture, un voyage » qu’il conduit depuis décembre 2018 dans son pays.

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Une Lecture, Un Voyage portée par la compagnie Théâtre Élan. c’est  une activité de créativité en famille qui se développe en forme de mise en espace de textes dans les concessions, les écoles, universités, les rues…. Il s’agit de mettre en valeur les textes des auteurs dramatiques de partout dans le monde, peu connus dans notre pays en faisant en sorte que leurs œuvres retrouvent leur place au cœur  de la société Tchadienne. Pour paraphraser un extrait des propos de Koulsy Lamko à l’endroit de son ami écrivain Tchadien Bénadji Asdé Hubert :  » Tu me demandes pour quelle raison je me retrouve à l’étranger…? Cela te semble paradoxale que mes œuvres soient connues  à l’étranger et non dans notre cher pays? Écrit-on pour être connu?… Acheter un livre pour son plaisir ou son instruction est loin d’être chez nous un réflexe. La hiérarchie des valeurs place la bouteille de bière ou le paquet thé en haut de l’échelle des préoccupations culturelles…Tout bas … si bas ! est étudié à l’université de Rennes en France. Vous pouvez compter sur les doigts les  étudiants de l’Université du Tchad qui l’ont lu. » 

Les actions sont menées à partir d’un premier moissonnage d’idées, d’enjeux sociaux, des problématiques d’utilité publique inhérente à chaque lecture en complicité avec les habitants. Le projet met en place une plate-forme avec des espaces de débat qui font suite aux pièces présentées, propose des formations de techniques de lecture à différentes familles qui s’appliquent sur la création et la mise en espace des textes. 

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Une Lecture, Un Voyage favorise la cohésion sociale et intergénérationnelle pour les populations de différents quartiers de la ville de N’Djamena en instaurant une dynamique locale. Ce projet est né afin d’atteindre un objectif personnel et le partager aux citoyens tchadiens. Il a déjà été expérimenté en 2014 avec pour thème « la construction de maison en terre battue »  dans une mise en espace de la metteure en scène Nathalie Veuillé avec des supports littéraires un texte issue de résidence collective dirigé par Nimrod du Nom: N’Djamena, Tchad et l’alternance politique  avec le texte: « la malice des Hommes«  de Jean Pierre Guingané. En 2019 le projet est reparti et reconvoqué les familles, questionner la notion du vide et de l’exil dans nos cellules familiales. Ce projet repose sur la richesse humaine et la légitimité de ses acteurs engagés. Partant des images de la vie quotidienne, une Lecture, Un Voyage respecte les habitants et leur mode de vie, leur vision du milieu social et les lieux habités. Les Lectures/Débats, Une Lecture, Un Voyage a pu innover et créer une circulation entre la sphère publique et privée réactivant fortement les relations de bon voisinage et le partage de réflexion et de moments de convivialités. La tradition de l’accueil tchadien un peu oubliée dans la capitale a pu ainsi être mise en valeur à nouveau

Une Lecture, Un voyage  se veut  la liberté d’expression par le biais du théâtre de proximité, par le questionnement de l’identité, la mémoire, la transmission et rendre hommage aux auteurs d’ici et d’ailleurs. 

Lecture de texte avec un orchestre traditionnel

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Théâtre Élan souhaite relancer le Théâtre au Tchad qui est un art en perte de vitesse depuis de nombreuses années. Professionnalisation du secteur par la pédagogique et les ateliers qui porteront le métier de l’acteur : le corps, le corps dans l’espace, la prise de parole, la mémoire affective, le monologue intérieur, le dialogue, la choralité, création de qualité.  En outre , des conférences et des ateliers hors les murs, avec pour ambition de valoriser la création théâtrale, en tant que discipline artistique et littéraire. 

Pour rappel, le Tchad a traversé plusieurs périodes de guerre qui ont déstabilisé l’organisation sociale et créer des divergences Nord-Sud/Chrétiens-Musulman. Les tensions actuelles ne font qu’ajouter à la précarité du « vivre ensemble » notion extrêmement fragile dans le contexte que l’on sait. En mettant en relation les différentes réalités d’un pays à la situation géopolitique tendue et complexe, en travaillant notamment avec les populations des différentes ethnies habitants la capitale de N’Djamena. En créant un lien entre ses différentes réalités afin de libérer l’expression à la fois du corps et de l’imaginaire malmené en s’adressant à tous sans discrimination. Par le biais de cette action artistique, tenter de braquer les feux de la rampe sur un pays de citoyens et non seulement de militaires: Le Tchad.

C’est d’animer la ville en se jetant dans la bataille avec les armes de la poésie et mettre les habitants au cœur du projet artistique , leur permettre ainsi une approche en toute simplicité de cet art.  Pour les bénéfices en terme de lien social, de maillage des territoires et d’accès à l’éducation artistique qu’offre cette aventure humaine et pour l’expérience inédite qu’il mène à N’Djamena au Tchad avec enthousiasme et conviction. 

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L’évènement se passe à N’Djamena au Tchad. Le constat est parti du fait qu’aujourd’hui les gens ne lisent plus, par manque de lieux conviviaux, et les bibliothèques se trouvent délaissés au détriments des bars et maquis comme loisirs on ne trouve que des bars et des bars à chaque coin et recoin des rues de la ville de N’Djamena. Les Lectures se sont déroulées du mois de Décembre 2018 à fin Juillet 2019: soit sept mois de prestation et douze (12) mises en espaces dans la capitale dont huit (8) dans les familles, trois (3) dans les bars restaurants et un (1) dans l’espace de création de danse Ndam Se Na et Une (1) à la place à vivre de Chagoua. L’urgence est de convoquer et convier les Tchadiens à la nourriture poétique pour se projeter et dessiner leur avenir. C’est pourquoi le projet est parti de la nostalgie de la poétique d’enfance, inspiré par la lecture des journaux: planète jeune, Kouakou,… et les livres de l’école primaire et secondaire. Le réel plaisir de la lecture à cette période consistait à cotiser de l’argent entre enfants et à traverser la frontière pour aller dans la ville Camerounaise Kousserie à Sept km de la ville de N’Djamena pour se les procurer. Et la joie d’arpenter les rues pour se rendre à la bibliothèque du centre Emmanuel et suivre les cours de soutiens, mener des activités de vie associative et enfin retrouver  l’odeur de cette enfance…Aujourd’hui le monde nous isole, les gens sont rentrés dans le monde de l’individualisme, alors il faut reconvoquer la chaleur humaine, permettre une circulation par la poésie et l’art, retrouver la solidarité tchadienne pour le goût de l’accueil et de partage.  C’est à N’Djamena et avec le Théâtre Élan que le théâtre de demain au Tchad prend naissance aujourd’hui !

Le rayonnement  artistique est très limité et manque d’espace qui répondent à nos aspirations. Il y a un manque cruel de fonds  d’aide à la formation, création, production et diffusion. L’absence de la structuration des filières ne favorise pas les production de qualité ni la professionnalisation des métiers. Notre objectif est de remettre de la liberté d’expression et de la lutte contre les discrimination au cœur de la cité en valorisant les paroles d’auteurs par des formes et  esthétique de nos réalités et non de la manière dont les autres veulent nous définir . 

Ce voyage est l’occasion de mettre en lumière les problématiques souvent tues ayant attraits à la quotidienneté des populations et de dialoguer de manière apaisée sur les thématiques de notre monde. Notre initiative permettra de concrétiser les trop rares échanges de collaborations artistiques entre les artistes et la population ainsi que l’inter-connaissance culturelle. Ce projet veut aussi permettre la mobilité des productions artistiques tchadiennes et si possible faire exemple, en ce qui concerne les formes d’écritures du réel pouvant devenir des ferments de la création contemporaine citoyenne dans le domaine des arts plastiques et du spectacle vivant au Tchad.

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La compagnie Théâtre a mis en Lecture plusieurs textes d’auteurs: 

Une si longue lettre  de Mariama Bâ,  Les ombres de Kôh de Antoine Bangui, Sous l’orage de Seydou Badian; Germinal de Emile Zola, La malice des hommes de Jean Pierre Guingané, Regards dans une larme de Koulsy Lamko, Terre Rouge de Aristide Tarnagda

Le public a été réceptif au projet. Le fait d’ouvrir son habitat et son intimité à cette aventure prouve son adhésion au projet. Le souhait du public c’est d’entendre plus les textes des auteurs classiques, la question des langues locales pour leur valorisation n’a pas manqué d’être soulever. Il souhaite son implication dans les différentes phases de préparation et faire son choix de texte par lui-même. 

 

Le projet, dans l’avenir entend: 

  • continuer avec la série de la Lecture au mois de Septembre 
  • Travailler sur les textes des auteurs tels: Palou Bébnoné, Dieudonné Niangouna, Joel Ajovi, Massa Maka Diabaté, Amadou Koné, Nimrod, Aimé Cesaire, Boubacar Boris Diop, Noel Netonon NDjekery, Djimrabaye Bourngar, Cheick Amidou Kane, Zakaria Fadoul Khidir, Solkem Allarassem, Ferdinan Oyono.
  • l’ouverture de Laboratoire  (pédagogie du jeu)
  • Animation et initiation au théâtre dans les écoles et en famille
  • La création théâtrale de la pièce terre rouge à N’Djamena

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Je suis MADJITOUBANGAR DJARIM Bonaventure est comédien, animateur culturel et Directeur Artistique de la compagnie Théâtre Elan. Diplôme en Arts Dramatique de l’école de Théâtre Jean Pierre Guingané du Burkina-Faso. Membre de l’académie du cinéma Francophone depuis 2014 jusqu’à aujourd’hui. j’anime  plusieurs ateliers de théâtre dans les écoles et des centres pour enfants. Actuellement je cherche à explorer l’univers des rues avec toutes les formes du Théâtre. J’ai été le coordinateur artistique et chargé de production du projet les Praticables(2016-2018), qui est un processus de formation à toutes les disciplines Théâtrales au cours d’un laboratoire de recherche de plusieurs mois qui aboutit à un festival urbain à Bamako. 


Bonaventure Madjitoubangar, au cours d’une lecture de texte avec des femmes de N’djamena

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