RAMANOU ALÉDJI OU CONSTRUIRE LE TALENT « SUR LE TAS»

Ramanou Alédji  est graphiste et actif—technicien— au cinéma béninois. Un peu en marge des projets visuels et des plateaux de tournage, il est l’actuel coordonnateur du Centre Culturel Artistik Africa, un centre polyvalent érigé à Cotonou—quartier Agla— par M Ousmane Alédji et doté entre autres d’un espace de spectacle, d’une galerie d’art, d’une web TV et d’un espace multimédia. Justement cet espace est son principal univers de travail. Il y accueille avec son équipe, un nombre important de manifestations et d’actions artistiques. Dans cet article, BéninCréa s’intéresse au parcours de Ramanou Alédji, en tant que créateur dont le travail entre en ligne de compte pour la valorisation de l’art et du cinéma béninois.

 

Comment avez-vous débuté avec le cinéma ?

Je commence par dire que j’ai fait des études de comptabilité et gestion et des études de droit mais le cinéma a été toujours une passion pour moi. Il est arrivé un moment où j’ai clairement dit à mes parents que je voulais faire du cinéma … A l’époque, il y avait une seule école au Bénin qui offrait des études de cinéma et comme le coût de la formation était très au dessus de ma bourse, j’ai donc décidé —je n’avais pas le choix— de l’apprendre « sur le tas » comme on le dit, faire de l’autodidactie. J’ai eu la chance de croiser la route d’Arcade Assogba qui est aussi un jeune cinéaste ; et voilà on a commencé à faire de petites choses ensemble, simplement. Par la suite on a créé ensemble sous l’égide de Monsieur Ousmane Alédji à qui je rends hommage au passage, la première web TV au Bénin, la première en Afrique, consacrée à l’art et à la culture de l’Afrique et de sa diaspora. On a fait une série de productions —tournages et montages— qui m’ont permis de m’outiller d’avantage et d’embrasser cette passion qu’est le cinéma. Il y a d’autres expériences professionnelles que je voudrais bien garder pour moi.

 

Et en ce qui concerne le graphisme ?

Le graphisme, c’est avec un autre de mes maîtres Monsieur Abel Marcel Ayatomé —j’estime d’ailleurs qu’il est l’un des meilleurs du pays, très discret aussi — que j’ai beaucoup travaillé— ça continue— à Artistik Africa à Agla. A l’époque, il faisait des travaux de création de visuels auxquels je ne participais pas directement, je le regardais faire et après je lui posais pleins de questions. Ensuite, j’ai commencé à m’y essayer et à découvrir de belles choses ; des choses qui retiennent et qui m’ont retenu tout simplement. Donc pour faire court, je ne l’ai pas appris à l’école, je l’ai appris aussi sur le tas. J’ai juste été chanceux de rencontrer quelqu’un qui de très doué —cité plus haut —à qui je dis un grand merci. Je sais qu’aujourd’hui par rapport à mes créations qu’il voit un peu partout, je sais qu’il est très fier du travail.

En gros, l’autodidactie m’a forgé. Derrière ce que je fais aujourd’hui, il y a beaucoup de recherches, il y a beaucoup de nuits blanches — Dieu sait qu’il y en aura encore beaucoup— et je me rappelle que dernièrement j’ai montré une création à mon frère, c’est mon mentor Monsieur Ousmane Alédji parce qu’il est en amont et en aval de tout ce que je fais et il me regarde il dit « waouh ! Mais finalement tu y arrives », ça le faisait rigoler quand je faisais mes petites créations il y a quelques années, « creuse d’avantage » disait-il mais aujourd’hui, il en est fier je crois. C’est ma plus grande récompense que j’arrive à rendre fiers ces gens-là qui m’ont aidés et qui m’ont tenu la main et lui en tant qu’artiste, il n’a jamais hésité à me donner ma chance en disant, voilà si c’est ta passion l’image et le son, je te donne tout ce que tu veux pour que tu puisses t’exprimer. C’est une chance énorme. Je suis donc très chanceux.

 

Le cinéma et le graphisme sont-ils juste une passion ou un moteur d’auto-emploi pour vous ?

Si vous êtes un professionnel et vous n’aimez pas ce que vous faites, si ce n’est pas une passion pour vous, vous serez médiocre dans le rendement ; je parle surtout de la qualité. J’estime que vous n’allez pas bien le faire. Je vis de ma passion et ma passion me nourrit, ça me permet de gagner ma vie, je suis totalement épanoui dans ce que je fais.

 

Quel regard portez-vous sur votre vie artistique. Comment l’assimilez-vous dans l’univers artistique béninois?

L’artiste d’aujourd’hui n’est plus l’artiste du bohème. Si vous êtes un artiste aujourd’hui, vous êtes obligé de trouver d’autres activités parallèles pour être ne serait-ce que présent dans l’esprit des gens. Il y a beaucoup d’artistes aujourd’hui pour moins d’amoureux d’arts. Plus grave, le marché de consommation de l’art est en train de disparaître ou n’existe quasiment plus au Bénin. Il ne suffit plus d’être comédien seulement. Aujourd’hui au Bénin, 95 % des comédiens sont aussi des metteurs en scène, administrateurs et directeurs de compagnie. C’est très paradoxal mais c’est vrai. Donc vous voyez des graphistes qui sont aussi infographistes, il existe des infographistes qui sont des monteurs, des réalisateurs,… Et donc, si vous êtes cinéaste, vous êtes parfois obligé de faire plusieurs choses à la fois pour être présent dans le contexte béninois. Je précise bien dans le contexte béninois parce qu’ailleurs, ça ne se passe pas ainsi. Moi je suis dans ce métier, ce qui m’a permis de toucher à plusieurs cordes, je fais aussi des montages mais le tremplin véritablement pour moi, mon école, c’est Artistik Africa, avec les personnes que j’y ai rencontrées et qui travaillent toujours encore avec nous et ce sont eux moi mon école, ceux sont eux mes expériences : Arcade Assogba, Abel Marcel Ayatomé, Amélie Kestermans (technocité en Belgique)  Ousmane Aledji, les Fortuné Sossa,… ce sont ceux-là qui m’ont fait moi, qui sont mon école. Mais je crois que j’ai quand même fait preuve de motivation pour mériter leur confiance, pour mériter surtout qu’ils me transmettent un peu ce qu’ils savent. Voilà mon parcours, c’est l’humilité, la passion et le travail.

 

Comment avez-vous pu acquérir vos compétences ?

De toutes les façons, je suis sur le chemin, je ne sais pas si je suis déjà arrivé en tant que cinéaste, non  je ne crois pas mais en tant que graphiste, je fais des choses comme je les sens et je suis l’un des seuls ici à Cotonou, qui ne signe jamais leurs créations, c’est un choix délibéré. Je ne signe jamais mes créations parce qu’une fois qu’elles sont terminées, le client dit ok c’est bon je prends, la minute suivante, je trouve encore qu’elle est perfectible et donc il y a des créas que j’ai faites il y a deux ans, trois ans, quand je les revois, je dis Boff, j’aurais pu corriger telle chose ou telle. Je ne sais pas pourquoi je ne mets pas un terme à la recherche… Pour moi, la perfectibilité est permanente, et malheureusement tant que l’œuvre n’est pas aboutie, je ne me sens pas à l’aise de la signer. Cela n’empêche pas mes clients—quand il s’agit d’œuvres sur commandes — d’être satisfait. C’est peut-être l’artiste en moi qui n’arrive pas à se satisfaire. Je me suis renseigné auprès de nombreuses autres personnes, je ne suis pas le seul à qui cela arrive

 

Quelques unes de vos œuvres et réalisations.

J’ai participé à pas mal de productions cinématographiques, collaboré avec de grands cinéastes béninois et conçu la charte graphique de plusieurs événements et festivals ici au Bénin et à l’extérieur. Les promoteurs de ces festivals se reconnaitront, les amis pour qui je travaille se reconnaitront également. Ils sont surtout dans le monde de l’art et de la culture au Bénin. J’ai dernièrement tourné mon film, mon tout premier film fiction,  un court métrage de 26 minutes qui est encore en post-production et donc, c’est à sa sortie que les critiques diront si je suis un bon ou un mauvais cinéaste. Il faut déjà que les gens voient cette première œuvre et se fassent une idée de quel genre d’artiste je suis, ce que je peux apporter.

 

Quelques difficultés rencontrées et comment les avez vous surmontées?

La principale difficulté pour tout technicien audiovisuel, cinéaste, infographiste, je crois est lié à l’accès au matériel de travail. Le matériel de travail coûte vraiment cher. Pour le béninois moyen ce n’est pas un cadeau. Avoir un bel ordinateur en bon état, rapide, qui puisse faire vos travaux, ce n’est pas du cadeau et c’est le matériel, le logiciel de travail, si vous avez la chance, vous tombez sur des versions craquées, elles sont très souvent limitées dans le temps. Le matériel est pourtant incontournable dans notre métier. Il faut donc se battre pour l’avoir.

En dehors du matériel, il faut avoir la volonté et être prêt à reprendre, si vous êtes passionné comme moi, vous n’éprouvez pas de difficultés à reprendre ; c’est ce que je prends du plaisir à dire à mes clients en ce qui concerne le graphisme, n’hésitez pas à dire non, je ne veux plus ça et on reprend tout depuis le début parce que dans la reprise, vous faites du chemin, vous vous auto-formez et vous vous donnez sans le savoir de l’expérience et donc moi ça ne me pose aucun souci, si j’ai le temps.  Je peux reprendre un travail qui m’a pris deux semaines sans aucun souci, je le fais avec la même passion, la même détermination. En ce qui concerne le cinéma, il faut sentir les choses, si ce n’est pas bien, il faut reprendre. La dernière fois, je crois qu’avec Alain Nounagnon — c’est mon cadreur sur le film que j’ai réalisé— on n’a pas hésité à reprendre toute une journée de tournage pour ne serait-ce que tourner des plans de coupes de Cotonou. Et donc, pour y arriver, il faut être exigent vis-à-vis de soi-même et avoir de l’autodiscipline. Il faut être son propre maitre, sa propre conscience sinon, ça n’avance pas et vous n’avancez pas.

Surmonter les difficultés pour moi veut dire s’organiser. Il faut savoir s’organiser. Quand vous travaillez avec le matériel des autres et que vous faites quelques livraisons, il faut savoir économiser, il faut savoir planifier, il faut savoir dépenser votre argent. Moi je me suis déjà fait cambrioler plusieurs fois mais à chaque fois, je rebondis parce que ce que je gagne dans mon travail, je mets un peu de côté pour mon matériel. Je vais évoquer l’exemple récent d’un festival sur lequel j’ai travaillé — la charte graphique, et l’organisation — et alors que festival finissait à peine, je me suis fait voler mes deux ordinateurs, mes téléphones et tout. Mais parce que j’ai su économiser un tout petit peu, j’ai pu acquérir d’autres matériels pour pouvoir continuer à faire le travail.

 

Un mot à l’endroit des jeunes.

Je ne me sens pas comme un parvenu, je ne pense pas que je puisse dire aujourd’hui que j’ai réussi tout d’un coup, pas encore. Je pense que je suis en train de faire le chemin. Et si j’ai un conseil à donner aux gens qui ont envie de vivre leur passion, c’est d’y croire et de ne jamais abandonner pour rien au monde, d’aller jusqu’au bout d’eux-mêmes.

Merci beaucoup à vous et plein succès à vous.

 

Propos recueillis le 8 juin 2017,

Jacques Agboton Padonou , Bénincréa

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1 Comment

  1. Bonjour Ramanou Je suis fier de ce que tu fais et je crois que tout le monde ĺ’est aussi Voilà des gens comme toi que le Bénin à travers ses structures compétentes doit aider Je t’encourage quoiqu’en soit les difficultés à foncer droit devant Et le monde entier parlera de toi sous peu Merci et Big up à toi

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